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Ce qu’il fallait retenir du salon SNEC à Shanghai

Sur fond de surcapacités persistantes et de rentabilité dégradée, le SNEC 2026 a mis en lumière les profondes mutations à l’œuvre dans l’industrie solaire mondiale. Si les acteurs du photovoltaïque restent confrontés à une concurrence féroce, le stockage d’énergie s’impose désormais comme le principal moteur de croissance, tandis que les fabricants cherchent de nouveaux relais de développement à travers des offres intégrées solaire-stockage.
Image: pv magazine

D’après pv magazine International

L’édition 2026 du salon SNEC PV Power Expo, organisée la semaine dernière à Shanghai, en Chine, a mis en évidence la résilience persistante de la chaîne d’approvisionnement photovoltaïque chinoise malgré une surcapacité qui continue de peser sur l’ensemble de l’industrie.

Même dans un contexte prolongé de prix bas et de marges faibles, voire nulles, le plus grand salon solaire chinois continue d’attirer un nombre important de visiteurs nationaux et internationaux. Cette fréquentation témoigne de l’intérêt mondial soutenu pour les nouveaux produits et technologies, même si le nombre d’annonces, notamment concernant les modules photovoltaïques, semble inférieur à celui des éditions précédentes. Parallèlement, les fabricants diversifient de plus en plus leurs portefeuilles de produits et s’éloignent de leurs offres traditionnelles pour s’adapter à l’évolution des contraintes du marché.

Selon les organisateurs, environ 115 000 visiteurs avaient déjà participé au salon après un jour et demi d’ouverture, tandis que plus de 3 000 exposants étaient présents. L’évolution la plus marquante a toutefois été la forte représentation des acteurs du stockage d’énergie.

« Cette année, le SNEC a franchi une étape importante : pour la première fois, le nombre de stands consacrés au stockage d’énergie a dépassé celui des entreprises de fabrication solaire, a déclaré Summer Zhang, analyste chez OPIS, à pv magazine. Certains participants plaisantaient même en disant que l’événement ressemblait davantage à une conférence sur le stockage qu’à un salon photovoltaïque traditionnel ».

Selon l’analyste, le SNEC demeure l’un des rassemblements les plus influents du secteur. « Toutefois, l’ambiance était sensiblement moins dynamique que les années précédentes, avec un niveau d’activité et d’optimisme inférieur à celui qui caractérisait autrefois l’événement, a-t-elle ajouté. Le sentiment général du marché était prudent, la plupart des participants restant pessimistes à court terme. Beaucoup estiment que la surcapacité continue de peser sur l’industrie et que les prix, sur une grande partie de la chaîne de valeur solaire, n’ont pas encore atteint leur plancher. Ceux qui étaient venus chercher des signes de reprise pourraient plutôt repartir convaincus que de nouvelles baisses de prix restent possibles après le salon ».

Une « consolidation douce »

L’analyste explique également que, même si certaines réunions récentes du secteur laissent penser que les autorités souhaitent toujours mettre en œuvre un plan de consolidation dans le polysilicium, la confiance des industriels dans cette initiative s’est fortement érodée.

« En l’absence d’un cadre concret et opérationnel, de nombreux acteurs ne souhaitent plus consacrer de ressources importantes à ce projet. La vision dominante est désormais que le marché solaire est revenu à une logique guidée par l’offre et la demande, où les fondamentaux jouent à nouveau le rôle principal dans la formation des prix et les décisions de production. »

Cette évolution modifie profondément les dynamiques sectorielles. « Les acteurs du marché estiment généralement que les actions coordonnées observées lors des précédentes crises, lorsque les fabricants cherchaient collectivement à soutenir ou relever les prix, ne devraient pas se reproduire. Les entreprises privilégieront désormais leurs propres intérêts commerciaux, leur positionnement et leurs avantages concurrentiels plutôt qu’une approche collective. Cela pourrait accentuer les écarts de prix entre acteurs et ouvrir la voie à de nouvelles baisses tarifaires. »

Un secteur toujours sous pression

Dans les segments des cellules et des modules, le salon a mis en lumière l’intérêt croissant pour la technologie à contacts arrière (Back Contact ou BC). De nombreux fabricants cherchent à prendre position dès aujourd’hui sur ce qui pourrait devenir, à long terme, le successeur des produits TOPCon.

Parallèlement, l’homogénéisation des produits et l’intensité de la concurrence poussent les fabricants de modules à développer des solutions adaptées à des usages spécifiques. « Plutôt que de se battre uniquement sur les prix et les caractéristiques standardisées, les entreprises développent de plus en plus des produits personnalisés répondant à des besoins précis : modules pour balcons, modules offshore ou encore solutions dédiées à des applications particulières permettant de se différencier et de conquérir des niches de marché », explique Summer Zhang.

Pour Jenny Chase, analyste solaire chez BloombergNEF, le salon a certes attiré du monde, mais l’atmosphère a changé. « Les halls restent très fréquentés, en particulier ceux consacrés aux onduleurs et au stockage. Mais l’activité n’est plus comparable à celle des années précédentes. Il y a moins de stands, moins de nouvelles entreprises et moins d’événements spectaculaires organisés par les exposants », souligne-t-elle.

Et de souligner également le pessimisme affiché par les fabricants chinois. « Ils considèrent qu’il s’agit de la pire crise jamais traversée par l’industrie solaire. Les pertes s’accumulent depuis trois ans. Rien ne permet de penser qu’un rebond significatif de la demande est imminent et, de notre côté, nous ne l’anticipons pas non plus. »

Le stockage plus dynamique que le solaire

Pour Edurne Zoco, directrice exécutive du groupe Clean Energy Technology chez S&P Commodity Insights, le secteur connaît actuellement une forme de « consolidation douce ». « Les grands acteurs se développent désormais sur plusieurs segments de la chaîne de valeur. Des entreprises historiquement spécialisées dans les onduleurs, les PCS, les systèmes de stockage ou les trackers se lancent désormais dans les modules photovoltaïques. Les développeurs remontent également la chaîne de valeur. Cette évolution traduit une tendance vers des fournisseurs intégrés de technologies propres capables d’offrir des solutions complètes plutôt que des produits isolés. »

Cette stratégie de diversification soulève toutefois une question : permettra-t-elle réellement d’assurer la pérennité des entreprises ou ne fait-elle que repousser une consolidation plus classique par faillites ou acquisitions ?

Selon Edurne Zoco, la situation diffère fortement selon les segments. « Alors que l’industrie du module apparaît relativement atone, avec une fréquentation plus faible et un sentiment plus prudent, les secteurs des batteries et des PCS affichent un optimisme plus marqué, même si certaines inquiétudes subsistent. »

Du volume vers la qualité

Yana Hryshko, responsable mondiale de la recherche sur la chaîne d’approvisionnement solaire chez Wood Mackenzie, rappelle que la majorité des fabricants restent déficitaires. « D’après notre classement 2025, les dix premiers fabricants ont enregistré collectivement environ 5,5 milliards de dollars de pertes. Seules six entreprises chinoises figurent dans ce groupe. Cela illustre l’ampleur des difficultés financières qui limitent les capacités d’investissement, y compris dans le marketing. »

Malgré la surcapacité persistante, la grande vague de consolidation attendue ne s’est pas encore matérialisée. Les tentatives de rééquilibrage structurel du marché du polysilicium ont produit des résultats limités et la pression s’étend désormais aux segments des wafers et des cellules.

« Il y a six mois, les attentes en matière de consolidation étaient beaucoup plus élevées. Depuis, la dynamique s’est essoufflée. Certains estiment qu’un véritable changement n’interviendra que lorsqu’un des plus grands fabricants disparaîtra, entraînant une redistribution des parts de marché et une recomposition du paysage concurrentiel. »

Dans ce contexte, les fabricants réorientent progressivement leurs stratégies. « L’accent est désormais mis sur la qualité plutôt que sur les volumes », souligne-t-elle. Les entreprises privilégient les produits à plus haut rendement et sélectionnent davantage leurs commandes, ce qui pourrait favoriser une forme de sélection naturelle au sein du secteur.

Vers des offres intégrées solaire + stockage

Parallèlement, une transformation structurelle est à l’œuvre : le passage du solaire autonome à des solutions intégrées combinant solaire et stockage. Aujourd’hui, presque tous les fabricants photovoltaïques proposent également des systèmes de stockage, tandis que les spécialistes du stockage développent à leur tour des offres solaires. Des entreprises comme Sungrow ont récemment lancé leurs propres modules photovoltaïques, illustrant cette convergence.

« Cette évolution répond à une logique simple : les clients préfèrent de plus en plus des solutions intégrées fournies par un interlocuteur unique, avec une garantie unique et un service couvrant l’ensemble du système, conclut Yana Hryshko. L’industrie converge rapidement vers des offres combinant solaire et stockage plutôt que vers des catégories de produits distinctes. »

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