Photovoltaïque résidentiel : le point de bascule vers l’autoconsommation
L’arrêté du 1er juin 2026 fixant les conditions d’achat de l’électricité produite par les nouvelles installations photovoltaïques de moins de 500 kWc a été publié au Journal officiel du 4 juin. Il entrera en vigueur dès le 5 juin. Les contrats déjà signés ainsi que les demandes complètes déposées avant cette date ne sont pas concernés.
Attendu depuis plusieurs semaines, le texte confirme un changement de cap majeur pour le photovoltaïque résidentiel et les petites installations tertiaires : la rentabilité des projets ne reposera plus sur la vente du surplus d’électricité, mais sur la capacité à la consommer sur place.
La fin du modèle fondé sur la revente
La mesure la plus marquante est en effet l’abaissement du tarif de rachat du surplus à 1,1 c€/kWh pour les nouvelles installations, contre 4 c€/kWh jusqu’à présent. Ce tarif sera garanti pendant 20 ans et revalorisé de 2 % chaque année. Le gouvernement maintient également un plafond de production éligible : l’électricité injectée au-delà d’un volume annuel correspondant à la puissance installée multipliée par 1 600 heures ne bénéficiera plus de cette rémunération.
Autre évolution majeure : la prime à l’autoconsommation disparaît. Enfin, pour les installations de 9 kWc ou moins, seules les opérations d’autoconsommation avec injection du surplus resteront éligibles au dispositif de soutien. Ces dispositions confirment l’objectif poursuivi par les pouvoirs publics : orienter les investissements vers une consommation locale de l’électricité produite plutôt que vers sa revente au réseau. « Un kWh autoconsommé vaut désormais près de vingt fois plus qu’un kWh revendu », résume DualSun dans son analyse du texte.
Les professionnels du secteur avaient tenté d’obtenir un tarif de rachat plus élevé lors de l’examen du texte par le Conseil supérieur de l’énergie, sans parvenir à infléchir la position du gouvernement. Pour autant, certains acteurs relativisent l’ampleur de la baisse. « Elle est trois fois moins importante que celle intervenue en mars 2025, lorsque le tarif de rachat était passé de 12,69 à 4 c€/kWh en une seule journée », souligne DualSun.
L’autoconsommation et le stockage deviennent centraux
Le nouvel arrêté consacre donc l’émergence d’un nouveau modèle économique. Désormais, la valeur d’une installation photovoltaïque dépendra avant tout de sa capacité à maximiser l’autoconsommation. Selon les calculs de DualSun, une installation résidentielle de 6 kWc située à Lyon et autoconsommant 50 % de sa production perdrait environ 87 euros par an avec le passage du tarif de rachat de 4 à 1,1 c€/kWh. Pour compenser cette perte, il suffirait d’augmenter le taux d’autoconsommation de sept points, soit environ 435 kWh supplémentaires consommés directement sur place.
Cette optimisation peut être obtenue grâce à des systèmes de gestion de l’énergie (EMS), capables de piloter automatiquement certains équipements du logement (chauffe-eau, pompe à chaleur ou borne de recharge) pendant les heures de forte production solaire.
Le stockage résidentiel apparaît également comme l’un des principaux bénéficiaires indirects de la réforme. Selon DualSun, le coût du stockage est désormais compris entre 8 et 15 c€/kWh, contre 18 à 24 c€/kWh il y a encore un an, tandis que le prix des batteries installées a reculé d’environ 25 % sur la même période. Avec un prix de l’électricité réseau proche de 20 c€/kWh, les batteries deviennent progressivement compétitives pour augmenter l’autoconsommation.
Cette évolution devrait accélérer le développement des solutions de pilotage énergétique, des batteries domestiques et, à terme, de nouvelles formes de flexibilité résidentielle. Reste toutefois un frein : alors que le stockage devient un élément de plus en plus déterminant dans la rentabilité des projets, aucune aide spécifique à l’acquisition d’une batterie n’a été prévue. Ces équipements restent par ailleurs exclus du taux réduit de TVA à 5,5 %.
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