Sur Intersolar, le photovoltaïque est entré définitivement dans l’ère du stockage
Chaque année, le salon Intersolar à Munich donne le ton de l’industrie photovoltaïque mondiale et l’édition 2026 n’a pas dérogé à la règle. Mais cette fois, ce ne sont plus les modules photovoltaïques et la recherche de rendement qui occupaient le devant de la scène.
Dès l’entrée du hall A2, où exposent les fabricants de modules, le changement saute aux yeux. Sur le stand de Jinko, ce ne sont plus les panneaux photovoltaïques seuls qui sont mis en avant, mais les racks de batteries. Même chose chez Longi, où les solutions de stockage s’affichent désormais aux côtés des modules solaires, avec OneBank 2.0 et OneMatrix 2.0, capables d’intégrer jusqu’à près de 7 MWh dans une architecture clé en main destinée aux centrales photovoltaïques.
Le message est désormais clair : les fabricants ne vendent plus seulement des panneaux, mais des systèmes énergétiques complets.
Le stockage change d’échelle
Selon les données du secteur, l’Europe a installé 36 GWh de capacités de stockage par batteries en 2025, soit une progression de 48 % en un an. Pour la première fois, le parc européen dépasse les 100 GWh de capacité installée. Autre signal structurant : les installations à grande échelle représentent désormais plus de la moitié des nouveaux projets. Et la dynamique ne fait que commencer. Les installations annuelles pourraient atteindre 138 GWh d’ici 2030, soit près de quatre fois le niveau actuel.

Dans les allées du salon, on pouvait voir une tendance émerger, celle de l’allongement de la durée de stockage. Tandis que les systèmes de deux et de quatre heures restent majoritaires, les solutions de six ou huit heures gagnent du terrain. Cette évolution répond à un besoin structurel des réseaux électriques, notamment aux États-Unis et en Australie, où il faut absorber des volumes croissants d’énergies renouvelables variables, tout en assurant la stabilité du système.
« Les développeurs intègrent désormais le stockage dès la conception des projets », observe Lucas Durupt, directeur du développement commercial de Forsyt Energy. L’enjeu n’est plus de démontrer l’intérêt des batteries, mais d’accélérer leur déploiement pour capter les nouvelles sources de valeur des marchés de l’électricité.
La France rattrape son retard
Une dynamique également observée en France, bien que plus modeste. Chez Socomec, entreprise alsacienne spécialisée dans la conversion et le stockage d’énergie, les demandes de chiffrage se multiplient, signe d’un marché en phase de décollage. Même constat chez Nidec Conversion, filiale du groupe nippon, dont le centre mondial d’expertise sur le stockage est implanté en France.
« Le marché français du stockage a réellement décollé et on ne voit pratiquement plus de projets photovoltaïques sans batteries, confirme Franck Girard, président de Nidec ASI SAS. Il y a encore un an, nous parlions de projets de taille moyenne. Aujourd’hui, nous travaillons sur des projets de 200 MW / 400 MWh, voire 250 MW / 500 MWh ». Le groupe a ainsi signé des contrats avec Corsica Sole et Neoen en France pou deux batteries de 200 MW / 400 MWh.
Pour accompagner cette mutation, les industriels développent des solutions de plus en plus intégrées. À Munich, Nidec présentait notamment ACBOX V4, une plateforme de stockage à grande échelle combinant batteries LFP, conversion de puissance distribuée et capacités de grid forming, permettant de renforcer la stabilité des réseaux électriques et d’accélérer l’intégration des renouvelables.

Le groupe dévoilait également UniQube, une nouvelle plateforme de conversion de puissance conçue en Europe pour les systèmes de stockage de deux à huit heures. « Son intérêt est de concentrer jusqu’à 10 MVA dans un conteneur compact, facilitant l’intégration dans les projets à grande échelle », poursuit Franck Girard.
Un modèle économique solide
Ces innovations illustrent un changement de rôle du stockage : les batteries ne servent plus uniquement à déplacer de l’énergie dans le temps, mais participent directement à la stabilité du système électrique (réserve, régulation, black start, grid forming). Car malgré la hausse récente des coûts des batteries, liée notamment à la tension sur le lithium et à la croissance de la demande mondiale, le modèle économique du stockage reste solide. Il s’appuie désormais sur une diversification des revenus. Selon lui, de nouveaux modèles économiques émergent rapidement : marchés d’ajustement, services système, arbitrage sur les prix de l’électricité.
Les services système constituent le premier pilier de cette nouvelle économie. Ils rémunèrent la capacité des batteries à stabiliser le réseau : réserve de fréquence, ajustement de puissance, ou encore soutien dynamique de la tension. Au Royaume-Uni, les mécanismes dédiés aux Long Duration Energy Storage (LDES) illustrent cette évolution, avec des appels d’offres favorisant des durées de stockage plus longues et des actifs capables de fournir des services avancés comme le black start, indispensable pour redémarrer un réseau après un incident majeur. Ces évolutions sont étroitement liées aux technologies de grid forming, qui permettent aux batteries de contribuer activement à la stabilité du système électrique.
Le deuxième pilier repose sur les marchés de capacité. Ces dispositifs garantissent des revenus sur le long terme, souvent sur des horizons de sept ans, ce qui améliore fortement la bancabilité des projets. Ils permettent aux développeurs de sécuriser des flux financiers stables et facilitent l’accès au financement bancaire.
Dans certains cas, les acteurs recourent à des contrats de type tolling, dans lesquels un tiers paie pour disposer de la flexibilité de la batterie sans en être propriétaire. Ce modèle permet de stabiliser les revenus tout en laissant une partie de l’optimisation au développeur. Enfin, une part croissante des projets se positionne sur des stratégies dites merchant, exposées directement aux prix de marché. Plus risquées, elles offrent un potentiel de rémunération supérieur, en particulier dans un contexte de forte volatilité des prix de l’électricité.
Please login to comment