Tchad : 36,7% de solaire dans le mix, un champion africain en attente de massification

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Le Tchad apparaît comme un cas singulier dans le paysage solaire africain : deuxième du continent en termes de pénétration du photovoltaïque dans son mix électrique, la massification de son déploiement solaire devrait en fait arriver dans les prochaines années.

Les données consolidées par l’AFSIA et GOGLA indiquent en effet que le parc photovoltaïque tchadien atteint 110 MW de puissance installée, dont 63 MW en grande échelle, 1,2 MW de systèmes C&I, 34,7 de systèmes résidentiels, 11,3 de mini-réseaux et 0,15 de kits solaires domestiques. Le haut taux de pénétration solaire (36,7 % du total) du pays reflète surtout un système électrique encore plus développé, avec un taux d’électrification de 12 %.

Producteur de pétrole depuis 2003, le Tchad n’a pas converti cette rente en accès massif à l’électricité, mais semble vouloir inverser la tendance avec des grands projets. La montée en puissance du solaire à grande échelle, concentrée autour de N’Djamena et de quelques pôles urbains et économiques, se matérialise avec quelques 350 MW de projets photovoltaïque+stockage en construction ou en développement.

La centrale Noor Chad, 50 MW couplés à 5 MWh de stockage, inaugurée en 2025, constitue le premier parc solaire industriel opérationnel du pays, dimensionné pour alimenter N’Djamena et réduire la dépendance au diesel des centrales thermiques.

Elle devrait être rejoint par plusieurs installations d’envergure : les 36 MW de Djermaya bâtis par Elsewedy Electric, un projet de 36 MW + 20 MWh porté par Release by Scatec à Klessoum, un complexe de 100 MW + 50 MWh développé par Axian Energy à N’Djamena, 60 MW à Gaoui pour AMEA Power, et 120 MW supplémentaires visés par Convalt Energy autour de la capitale.

Le plan « Chad Connection 2030 » vise 30% d’énergies renouvelables dans le mix électrique à l’horizon 2030, 886 MW de nouvelles capacités installées et 520 MW de solaire au sein de ce total. Le gouvernement se fixe également un objectif très ambitieux de taux d’accès à l’électricité : passer de 12% aujourd’hui à 90% en 2030, ce qui suppose à la fois un déploiement massif de nouvelles centrales et une accélération des solutions décentralisées dans les zones rurales.

Pour attirer les projets, les autorités ont mis en place un cadre fiscal favorable : exonération de droits de douane pour les équipements solaires, exonération de TVA pour les équipements des projets renouvelables, y compris à l’importation, mais sans mécanismes de type net metering ou tarifs d’achat garantis. Dans ce contexte, avec un coût de l’électricité sur le réseau compris entre 0,153 et 0,225 dollar/kWh pour les clients résidentiels, commerciaux et industriels, le solaire – spécialement hors réseau – est de plus en plus compétitif.

Reste la question du pétrole, à la fois atout financier et potentielle source de blocage politique. Plusieurs éléments suggèrent que le pétrole, dont une grande partie a été nationalisée (avec toutefois des procédures d’arbitrage en cours) peut être autant un frein qu’un levier, selon la manière dont il est intégré à la stratégie énergétique. L’accord avorté avec Savannah Energy – qui devait développer plusieurs centaines de mégawatts de solaire et d’éolien, adossés aux flux pétroliers comme garantie de paiement – illustre la manière dont la rente pétrolière aurait pu sécuriser des contrats d’achat d’électricité renouvelable dans un environnement jugé risqué par les investisseurs. Le blocage de ce dossier, sur fond de contentieux autour des actifs d’Exxon et Petronas, montre que ce sont surtout les arbitrages politiques et les conflits autour de la rente qui pèsent sur le développement du solaire, davantage que la présence de la ressource hydrocarbure elle‑même.

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