Dans un contexte de préservation des espaces naturels, de sobriété foncière et de conflits d’usages croissants, la recherche de nouveaux terrains disponibles constitue un défi majeur pour les développeurs de projets solaires. Après l’installation de panneaux sur les surfaces les plus faciles à exploiter, la pression sur le foncier est de plus en plus forte en France, notamment en termes d’acceptabilité dans les territoires où les centrales solaires peuvent être implantées.
Dans ces conditions contraignantes, le foncier élargi s’impose comme la trajectoire à suivre, comme en ont témoigné les participants d’une table ronde organisée sur ce thème, le 11 décembre en clôture du Forum Energaïa. Parmi eux, Caroline Plaza, directrice générale France de l’Institut Becquerel Institute, société de conseil spécialisée dans le solaire photovoltaïque. « L’accroissement du gisement de foncier disponible est un levier structurant pour les acteurs du photovoltaïque », affirme-t-elle en préambule.
Par foncier élargi, il faut entendre les lacs ou les barrages pour le photovoltaïque flottant, les parcs de stationnement avec l’installation d’ombrières de parking, mais aussi les bordures des routes, des autoroutes, des voies ferrées, des canaux, les aires de repos, les digues, les quais et passerelles des ports, les terrains situés en bout de piste des aéroports, sans oublier les pistes cyclables. Autant de réserves foncières propices à l’installation de panneaux solaires.
« À ce titre, le photovoltaïque linéaire représente à lui seul un potentiel de près de 40 GWc. L’aménagement des digues est un immense terrain de jeu pour nous, où il faut “dérisquer” les choses », assure Frédéric Storck, directeur de la Transition énergétique et de l’Innovation à la Compagnie nationale du Rhône, à l’initiative d’un parc photovoltaïque expérimental en ombrières, à Caderousse, réalisé sur une distance de 900 mètres, le long de la Via Rhôna. « Le projet Ophélia a été très bien accepté, notamment par les joggers et les pêcheurs qui fréquentent le site. Tout est question, en fait, d’acculturation à la présence du solaire », résume-t-il.
Entre le coût du photovoltaïque linéaire (2,30 euros du watt-crête) et les pertes d’énergie (de 10 à 20 %) qu’il génère en raison de la longueur de câbles nécessaires à sa mise en œuvre, la question de la viabilité de son modèle économique mérite d’être posée. « Il suffit de trouver le bon dimensionnement de ces briques technologiques et ce qui permettrait d’être efficient », estime Frédéric Storck, qui plaide en faveur d’un mécanisme de soutien propre au PV linéaire, voire à un appel d’offres CRE dédié. Comme c’est le cas aux Pays-Bas, où l’État a demandé aux provinces de créer un type de consultation spécifique pour solariser 35 000 km de pistes cyclables à l’aide de cette technologie.
« Un changement de paradigme »
Invité à s’exprimer sur le sujet, Arnauld de Sainte-Marie, directrice Business Developpement chez Wattway by Colas, prône « un changement de paradigme », convaincu lui aussi de la nécessité « d’ouvrir de nouveaux gisements fonciers, qui sont autant de réservoirs conséquents pour la production solaire, avec des surfaces déjà artificialisées ». Et les besoins à couvrir sont énormes. D’ici 2030, le développement des véhicules électriques au niveau européen réclamera, à lui seul, près de 400 GWc de puissance. « Dans un rapport d’1 MWc par hectare, cela se traduit spatialement par le déploiement de près de 400 000 hectares de solaire d’ici cinq ans sur le continent. Ça n’a rien de marginal… », rajoute Arnauld de Sainte-Marie.
Intervenant au nom du Cerema, organisme chargé d’accompagner les acteurs publics dans leurs projets d’aménagement, Sophie Guillemotonia, directrice de projets transition écologique, est revenue sur les travaux qu’elle mène pour repérer ces fonciers émergents, mesurer leur potentiel au regard de critères techniques, réglementaires et environnementaux et valoriser de manière sécurisée ces nouveaux gisements, en particulier sur le réseau routier.
« En collaboration avec déjà 11 DIR (Direction interdépartementale des Routes), nous développons une méthode et des outils opérationnels pour mener des grappes de projets, visant à solariser les aires de repos des autoroutes ou l’intérieur des échangeurs du réseau national non concédé », précise-t-elle. Avec un message clé à l’adresse de ses auditeurs : « Si le potentiel est réel, la massification se construira par l’exemple. Elle passera par la pédagogie, par des expérimentations robustes et des cadres juridiques et économiques sécurisés et stabilisés, afin de donner confiance aux collectivités et aux gestionnaires publics ».
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