Et si partager son électricité photovoltaïque pouvait se faire en quelques clics ? Dans la continuité des dispositifs existants, comme les regroupements dans le cadre de la consommation propre (RCP) ou les communautés d’autoconsommation (CA), la Suisse a introduit, depuis le 1er janvier, de nouvelles mesures d’encouragement avec la création des Communautés électriques locales (CEL).
Concrètement, ces communautés permettent le partage d’électricité entre différents acteurs (ménages, entreprises et institutions publiques), avec une particularité majeure : le réseau de distribution peut être utilisé pour les échanges d’énergie au sein d’une CEL. Autrement dit, les membres conservent leurs relations contractuelles avec leurs fournisseurs d’énergie et le gestionnaire de réseau de distribution (GRD), ce qui simplifie fortement la mise en œuvre.
« L’autre intérêt est que, si l’énergie ne transite que par un seul niveau de tension, un rabais de 40 % sur la rémunération du réseau est accordé aux consommateurs sur la part d’énergie provenant de la CEL. Si l’énergie transite par deux niveaux de tension, cette réduction est limitée à 20 % », indique Leo-Philipp Heiniger, spécialiste en énergies renouvelables à l’OFEN. Ce mécanisme permet de réduire sensiblement la facture d’électricité.
Dans le sillage des CEL, le législateur suisse a également facilité la création de regroupements pour la consommation propre virtuels (RCPv). Contrairement au RCP classique, qui nécessite un réseau électrique privé, le RCPv permet, selon la configuration de raccordement, de partager l’électricité solaire via la ligne de raccordement existante. Le partage d’électricité devient ainsi possible à distance. Le décompte est réalisé grâce à des systèmes de mesure intelligents, avec un relevé toutes les 15 minutes.
Le cas de la communauté d’Ollon : 19 000 CHF économisés par an
Lors du congrès photovoltaïque suisse, qui s’est déroulé à Berlin les 31 mars et 1er avril, Yannick Sauter, chef de groupe photovoltaïque chez Planair, a présenté les résultats d’une étude portant sur 14 CEL de tailles variées, regroupant entre 9 et 800 bâtiments, incluant du patrimoine communal et des entreprises.
Le cas de la commune d’Ollon est particulièrement révélateur. Avant la mise en place de la CEL, la commune tirait 85 % de son électricité du réseau, contre seulement 15 % d’autoconsommation issue de ses installations solaires. Grâce à la CEL, le taux d’autoconsommation est monté à 66 %. Par ailleurs, la réduction de 20 % sur le prix du kWh acheté et sur la rémunération du réseau permet de réaliser des économies significatives.
« Au final, sur une facture initiale de 200 000 francs suisses par an (210 000 €), la commune économise désormais environ 19 000 francs suisses par an (20 000 €), sans investissement supplémentaire », souligne Yannick Sauter. En moyenne, sur l’ensemble des communes analysées, l’étude montre que l’autosuffisance progresse de 10 à 38 % avec les CEL, que la facture d’électricité diminue de 3 à 10 % (3 % représentant déjà environ 6 000 CHF/an, soit 6 300 €) et que la valorisation du patrimoine photovoltaïque s’améliore de 6 à 66 %, sans investissement additionnel.
Le cas d’une grande ville : Zurich
La ville de Zurich s’est également engagée dans la création de CEL. « Dans le cadre de son plan de décarbonation, la ville s’est fixé pour objectif de passer de 79 GWh d’électricité photovoltaïque aujourd’hui à 500 GWh d’ici 2040 », explique Jan Burri, responsable produit énergie chez ewz (fournisseur et gestionnaire de réseau), pour le projet ewz.solarquartier à Zurich. Le défi est de taille, car une grande partie des habitants de Zurich sont locataires et ne peuvent pas installer eux-mêmes des installations photovoltaïques.
ewz a donc développé un portail numérique permettant aux habitants de rejoindre une CEL en quelques clics, via un processus simple. Le fournisseur se charge ensuite de la contractualisation. « Du côté des producteurs, l’électricité est rémunérée à 14 ct/kWh au lieu de 12 ct/kWh afin d’encourager leur participation. Pour les consommateurs, le prix reste similaire, mais l’inscription est gratuite. Beaucoup sont motivés par la possibilité de consommer une électricité locale et décarbonée », complète Jan Burri.
Alors que Zurich compte environ 800 CEL potentielles, 130 sont déjà existantes ou en cours de développement (avec 251 installations photovoltaïques, 170 clients producteurs, 2 100 consommateurs). L’objectif est d’atteindre 250 communautés d’ici la fin de l’année.
Le cas d’une commune rurale : Escholzmatt-Marbach
De son côté, la commune d’Escholzmatt-Marbach, qui compte 4 500 habitants, est confrontée à des enjeux différents. Située en zone de montagne et composée d’un tiers d’agriculteurs, elle a revu sa stratégie énergétique lors de la rénovation de son chauffage urbain. « Nous avons d’importantes consommations électriques liées aux installations sportives et aux remontées mécaniques, et nous souhaitions décarboner notre approvisionnement », explique Jeannette Riedweg-Lötscher, conseillère communale à Escholzmatt-Marbach.
La démarche a débuté dans la localité de Marbach : « À chaque rénovation de toiture, nous avons étudié l’installation de panneaux photovoltaïques. Depuis juin 2025, cinq bâtiments ont été équipés », précise-t-elle. Une RCPv a ensuite été créée. « Celle-ci est immédiatement rentable, avec environ 5 000 CHF/an d’économies (5 250 €) », calcule Jeannette Riedweg-Lötscher. Le projet se poursuit avec la création d’une CEL pour la commune et les remontées mécaniques.
Elle est toutefois moins rentable, avec environ 1 000 CHF/an d’économies (1 050 €). Cela s’explique par le fait que l’électricité transite sur deux niveaux de réseau (haute et moyenne tension), ce qui réduit le rabais sur les coûts d’utilisation du réseau. Malgré tout, la commune poursuit le développement de la CEL. « Pour une commune, c’est aussi la possibilité de sécuriser son approvisionnement en énergie sur le long terme, tout en renforçant la production énergétique locale », conclut Jeannette Riedweg-Lötscher.
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