Après cinq années de concertation, de débats politiques et près de trois ans de retard, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dévoilé ce jeudi, depuis une centrale hydroélectrique d’EDF dans le Jura, la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3). Sans surprise, la filière photovoltaïque pâtit de la faible consommation électrique actuelle et voit ses ambitions revues à la baisse. L’État vise désormais 48 GW installés en 2030, puis entre 55 et 80 GW en 2035.
Cette trajectoire correspond au scénario R3 de RTE, soit un rythme de déploiement d’environ 3,5 GW par an. Il s’agit d’un ralentissement d’environ 40 % par rapport à 2025, année record marquée par 6 GW supplémentaires.
Malgré ce coup de frein, les acteurs du secteur se disent satisfaits. La cible retenue reste en effet plus favorable que le scénario R2 (42 GW), un temps envisagé. « Après le coup d’arrêt de ces derniers mois, c’est un grand soulagement qui redonne de la visibilité aux acteurs du solaire, mais aussi à nos clients, a réagi auprès de pv magazine France Édouard Roblot, directeur Énergies solaires chez Idex, spécialiste de la solarisation des espaces artificialisés en tiers investissement. De nombreuses sociétés immobilières déploraient le blocage de leurs projets de bâtiments neufs : en l’absence de nouvelles périodes d’appels d’offres CRE, elles ne pouvaient se conformer à l’obligation d’installer des panneaux en toiture et sur les parkings ».
Très inquiets pour l’avenir et l’emploi, des dizaines de développeurs du secteur photovoltaïque s’étaient également mobilisés à Paris et à Montpellier pour demander une PPE ambitieuse et la pérennisation du développement solaire dans les services instructeurs et en politique.
Même tonalité du côté du Syndicat des énergies renouvelables. « Ces volumes apportent de la visibilité aux développeurs tout en restant compatibles avec l’émergence des giga-usines de production de modules et de cellules de Carbon et HoloSolis », a souligné son président, Jules Nyssen, lors d’une table ronde ce jour réunissant le Premier ministre, Enedis, RTE et plusieurs représentants de la filière électrique. Chacune de ces usines représente environ 1 milliard d’euros d’investissement et quelque 2 000 emplois.
Priorité donnée à l’électrification et au nucléaire
Reste désormais à préciser la répartition de ces capacités entre les différents segments (toitures, centrales au sol, agrivoltaïsme…). Les professionnels attendent notamment la publication des dernières périodes d’appels d’offres de la PPE 2, dont l’appel d’offres simplifié (AOS) , ainsi que les nouveaux critères associés à la PPE 3, en particulier sur les exigences NZIA et les bilans carbone. « Il s’agit d’une première feuille de route : de nombreux mécanismes de soutien doivent encore être précisés », observe auprès de pv magazine France Clément Le Roy, membre du comité de direction Énergie & Utilities du cabinet Wavestone.
Autre point salué par plusieurs interlocuteurs : l’accent mis sur l’électrification des usages. « La PPE 3 envoie un signal clair en faisant de l’électricité décarbonée un levier à la fois écologique et économique », estime Édouard Roblot. Le texte fixe en effet l’objectif de porter la production d’électricité bas carbone entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 458 TWh en 2023, tout en réduisant la consommation d’énergies fossiles à environ 330 TWh, contre 900 TWh aujourd’hui. La part d’énergie décarbonée atteindrait ainsi 60 % dès 2030, puis 70 % en 2035.
Mais contrairement à la précédente programmation (2019-2024), qui prévoyait la fermeture de 14 réacteurs, cette montée en puissance s’appuie davantage sur le nucléaire. Le gouvernement confirme le lancement de six EPR2 et se réserve la possibilité d’en engager huit supplémentaires à partir de 2026. « Dans la PPE précédente, le nucléaire apparaissait comme un complément aux renouvelables, déployées en priorité. Nous sommes désormais dans une logique inverse », analyse Clément Le Roy.
Flexibilités et stockage, les angles morts
Le stockage reste toutefois le grand absent de cette feuille de route. Bien que la France ne dispose actuellement que d’une capacité installée limitée, bien inférieure à celle de plusieurs voisins européens, 13 GW de batteries sont actuellement en file d’attente chez RTE. Dans le résidentiel, la dynamique s’accélère : 17 % des installations raccordées au quatrième trimestre 2025 intégraient une batterie, contre 2 % en moyenne en 2024.
Malgré ces signaux, aucun objectif chiffré n’est fixé à l’horizon 2030 dans l’actuelle PPE3. « La PPE 3 intègre pour la première fois une clause de revoyure en 2027, sans attendre cinq années, note Clément Le Roy. Il n’est pas impossible que le stockage, qui encore considéré comme une technologie émergente, soit intégré plus explicitement ultérieurement ».
Enfin, à l’occasion de la publication de la programmation pour la métropole continentale, les zones non interconnectées (ZNI) ne sont pas oubliées et l’exécutif réaffirme également son engagement envers la Corse et les territoires ultramarins. Les consultations seront donc relancées dès février 2026 sur la base des projets discutés ces dernières années. Sont concernés : la Corse, la Martinique, la Guadeloupe, Mayotte et Wallis-et-Futuna.
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