Le marché photovoltaïque suisse devrait marquer le pas en 2025. Si les données officielles ne seront publiées qu’en juillet, l’association Swissolar anticipe un recul d’environ 15 % de la capacité solaire installée l’année dernière. Cette annonce a été faite lors du Congrès photovoltaïque suisse, organisé les 31 mars et 1er avril à Berne, qui a réuni plus de 1 100 participants.
En 2024, 1 526 MW ont été nouvellement installés, contre 1 798 MW en 2023 et 1 640 MW en 2023. « Après la hausse des prix de l’électricité en 2022, qui a fortement incité les particuliers à s’équiper en solaire, les tarifs ont baissé, réduisant mécaniquement cette dynamique », justifie Wieland Hintz, responsable Marché et Politique chez Swissolar et nouveau directeur adjoint.

Image : Swissolar
Pour autant, la situation ne suscite pas d’inquiétude majeure. Selon le baromètre réalisé auprès des entreprises suisses du secteur, une majorité d’entre elles s’attend à une hausse du chiffre d’affaires en 2026, davantage qu’en 2025. Les perspectives de marges suivent la même tendance, et de nombreuses entreprises envisagent également d’augmenter leurs effectifs, signe d’une reprise progressive.
« Les carnets de commandes se stabilisent, ce qui me rend prudemment optimiste. Cette évolution repose notamment sur le développement des batteries, qui ouvrent de nouvelles opportunités de croissance », souligne Matthias Egli, directeur de Swissolar. La dynamique est particulièrement marquée dans les batteries résidentielles, la mobilité électrique et l’intégration technique du bâtiment. Le secteur ne se limite plus à l’installation de panneaux photovoltaïques en toiture ou en façade : il s’inscrit désormais dans une logique plus large d’électrification des bâtiments, intégrant stockage, solutions intelligentes et recharge des véhicules électriques.
Du solaire à l’électrification des bâtiments
Dans ce contexte, les acteurs suisses bénéficient d’un positionnement favorable : près de 99 % des installations photovoltaïques concernent le bâti (toitures et façades). Une spécificité qui favorise l’essor de solutions globales d’électrification des bâtiments.
Le stockage résidentiel en est l’illustration la plus visible. En Suisse, les batteries résidentielles « behind the meter » atteignent désormais une capacité totale de 2 461 MWh, dont 1 010 MWh nouvellement installés, soit une progression de 82 % en un an. « Le stockage et la gestion intelligente permettent de réduire significativement les flux sur le réseau, tant en prélèvement qu’en injection. Selon l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), cela pourrait diminuer les coûts d’extension du réseau de 20 à 60 % », précise Jürg Grossen, Conseiller national (BE) et président de Swissolar.

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Dans le même temps, la part du solaire continue de croître. Swissolar prévoit qu’en 2026, l’énergie solaire représentera 17 % de la consommation nette d’électricité en Suisse, soit déjà près de la moitié de la production du parc nucléaire national. Cette montée en puissance implique toutefois une coordination accrue avec les capacités de stockage et les profils de consommation.
Car le marché devient plus volatil. Le nombre d’heures à prix négatifs sur le marché day-ahead est ainsi passé de moins de 100 en 2023 à environ 300 en 2025. « Le photovoltaïque doit désormais s’adapter aux signaux du marché », souligne Leo-Philipp Heiniger, spécialiste en énergies renouvelables à l’OFEN.
La flexibilité, nouveau pilier du système
Dans ce contexte, la Suisse a fait évoluer son cadre réglementaire. Comme est venu l’expliquer Leo-Philipp Heiniger, le deuxième paquet de la loi sur l’électricité, entré en vigueur le 1er janvier 2026, introduit notamment une obligation de reprise et de rétribution, ainsi que des tarifs minimaux pour les installations de moins de 150 kW. Une rémunération minimale garantie a été instaurée pour l’électricité injectée par ces installations. Calculée trimestriellement par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), elle repose sur une moyenne pondérée des prix du marché day-ahead sur trois mois, en fonction du profil d’injection du photovoltaïque. Elle s’élève actuellement à environ 6 ct. CHF/kWh (6,2 ct. €/kWh) pour les petites installations (≤ 30 kW) et diminue progressivement jusqu’à 1,2 ct. CHF/kWh (1,25 ct. €/kWh) pour les installations jusqu’à 150 kW.
Si ce mécanisme améliore la visibilité des revenus et sécurise les investissements, il devrait être amené à évoluer à partir de 2027 pour mieux s’adapter à la variabilité journalière des prix de l’électricité. À partir du 1er janvier 2027, ce système pourrait évoluer vers une rémunération basée sur les prix horaires du marché, connus la veille, afin d’encourager l’autoconsommation et le stockage.
La question de la flexibilité devient ainsi centrale. Le secteur insiste sur le fait qu’il ne faut pas craindre le bridage de l’injection : les gestionnaires de réseau peuvent limiter au maximum 3 % de l’énergie produite annuellement au point de raccordement, sans compensation. L’Association des entreprises électriques suisses (AES) recommande par ailleurs une limitation à 70 % de la puissance injectée pour les installations situées jusqu’à 1 200 mètres d’altitude.
Le projet « PV4balancing »
Comme l’a indiqué Cécile Jost, responsable équipe de contrôle de Swissgrid, la montée en puissance du PV est également un défi pour le gestionnaire du réseau de transport d’électricité suisse. Environ 1 000 MW de réserve sont actuellement mobilisés pour maintenir la fréquence du réseau. Si la Suisse a longtemps été exemplaire en la matière – « une véritable horloge suisse » -, la situation s’est complexifiée. En témoigne par exemple le 26 janvier 2025, lors d’une journée hivernale très ensoleillée, l’opérateur a ainsi dû rémunérer certains producteurs pour réduire leur production. Le pic photovoltaïque attendu était de 2 800 MW, mais la production réelle a atteint 2 500 MW. « Avec environ 1 000 MW de réserve, nous pouvons absorber des variations de l’ordre de 10 %. Mais qu’en sera-t-il à l’horizon 2035, lorsque la capacité installée aura triplé ? », s’interroge Cécile Jost.
Pour anticiper ces enjeux, des solutions émergent, comme le projet « PV4balancing ». Celui-ci permet aux producteurs photovoltaïques d’être rémunérés pour leur flexibilité, notamment lorsqu’ils acceptent de réduire leur production afin de contribuer à l’équilibre du réseau. Ce mécanisme de « production négative » constitue une nouvelle source de revenus et un levier d’intégration du solaire.
« La capacité nominale TRL reçoit une rémunération fixe de 26 000 CHF/MW (soit 27 000 €/MW) », détaille Stravrougla Margelou, responsable senior de portefeuille de flexibilité (flexpooling) chez Axpo. Une première phase du projet a permis de préqualifier 75 installations photovoltaïques, représentant une large diversité de tailles (de 63 kW à 4,9 MW, dont 70 % inférieures à 600 kW). Une capacité de 60 MWc a déjà été approuvée pour participation. « Une seconde campagne est en cours, ouverte aux installations de plus de 150 kWc équipées d’interfaces de contrôle externe et situées en Suisse », indique Stravrougla Margelou aux entreprises intéressées. Le photovoltaïque suisse entre ainsi dans une nouvelle phase : moins portée par la seule croissance des installations, mais davantage par l’intégration au système électrique.
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