Les gestionnaires de réseau pourraient freiner sur les EnR si l’implantation des data centers se poursuit sans contrôle

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D’après pv magazine International

Le Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité (ENTSO-E) a averti que les gestionnaires de réseaux de transport européens pourraient être contraints de limiter l’intégration des énergies renouvelables si la croissance de la demande des data centers n’est pas correctement encadrée.

L’organisation, qui représente les opérateurs de réseaux électriques à travers l’Europe, a publié le 8 mai un rapport détaillant les bénéfices potentiels que les centres de données pourraient apporter en matière de flexibilité du système électrique. Elle souligne toutefois que les décideurs européens doivent mettre en place un cadre réglementaire adapté ; sans cela, l’essor des data centers pourrait saturer les réseaux électriques européens et freiner les progrès des énergies renouvelables.

L’ENTSO-E appelle notamment à une mise à jour des codes de raccordement afin de garantir que les data centers contribuent à la sécurité et à la fiabilité du réseau. L’organisation estime que plusieurs paramètres devraient être pris en compte, notamment les limites de variation de charge (« ramp-rate limits »), l’amortissement des oscillations, le contrôle de la tension et les exigences en matière de puissance réactive.

Le rapport recommande également d’éviter des restrictions sur l’intégration des énergies renouvelables et d’orienter les développeurs de data centers vers des régions où les contraintes sur le réseau sont moins importantes. « Une fois qu’une architecture de contrôle garantissant la sécurité du réseau sera en place, les data centers pourront fournir des services de flexibilité et participer aux marchés de l’électricité en tant que ressources de consommation flexibles, voire dans certains cas comme des centrales électriques virtuelles », explique l’ENTSO-E.

Les auteurs du rapport soulignent toutefois que cette participation aux marchés de flexibilité dépendra fortement de la conception des marchés électriques nationaux. Les centres de données pourraient notamment fournir des services de réponse rapide en fréquence, des réserves primaires, secondaires et tertiaires, des services de gestion des congestions, ainsi qu’une participation aux marchés de l’énergie, aussi bien en day-ahead qu’en intraday.

12,7 GW de capacité informatique installée

Les data centers hyperscale seraient les mieux positionnés pour fournir ces services de flexibilité, tandis que les centres de colocation font face à davantage de contraintes liées au contrôle exercé par leurs clients. Or, la majorité du parc européen de data centers repose précisément sur ce modèle de colocation.

L’Europe compte actuellement plus de 10 500 centres de données disposant d’une charge informatique d’au moins 50 kW, représentant environ 12,7 GW de capacité informatique installée.

« Bien que les data centers disposent intrinsèquement d’un potentiel important pour agir comme ressources flexibles pour le réseau, cette capacité théorique est fortement réduite dans la pratique », indique le rapport. Celui-ci évoque notamment « une série cumulative de limitations techniques, de contraintes liées aux modèles économiques et de barrières à la participation aux marchés » qui limitent progressivement la flexibilité réellement mobilisable.

Le document met également en avant les risques que les centres de données peuvent faire peser sur la stabilité du réseau. Leurs besoins sont plus complexes que ceux des grandes charges électriques conventionnelles. Leurs architectures basées sur des systèmes d’alimentation sans interruption (UPS) peuvent « déconnecter instantanément des centaines de mégawatts lors de perturbations mineures du réseau », créant ainsi des risques pour la stabilité du système électrique et la qualité de l’alimentation.

Les équipements informatiques et les systèmes de refroidissement représentent l’essentiel de la consommation électrique des data centers, tandis que la nature des charges informatiques influence fortement leur interaction avec le réseau. Les besoins de refroidissement disposent notamment d’une certaine inertie thermique, ce qui pourrait constituer une source de flexibilité. Le recours au stockage thermique pourrait également contribuer à réduire les contraintes sur le réseau.

Enfin, l’ENTSO-E appelle les décideurs européens à anticiper ces enjeux avant l’adoption du futur Cloud and AI Development Act de l’Union européenne, qui pourrait conduire à un triplement de la taille du marché européen des data centers au cours des cinq à sept prochaines années.

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