La jeune pousse Dhooing parie sur un solaire local, sans subventions et centré sur les territoires

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« Démocratiser les bénéfices de la transition en libérant la chaîne de valeur de l’énergie » : c’est le pari de Dhooing, entreprise nouvellement créée dans le solaire et le stockage. Fondée par six associés – Jean-Marc Fabius, Jean-Michel Villiot, Olivier Degos, Thomas Fargeaudoux, Sylvain Mouche et Jérôme Bourgeois -, la société réunit des profils passés par Amarenco Group, ArcelorMittal Exosun, la Caisse des Dépôts, EDF ENR, Engie, GLHD, SunPower-Tenesol ou encore Veolia Environnement.

Pour ses fondateurs, la création de Dhooing est parti d’un constat simple : le modèle historique consistant à produire de l’électricité verte pour l’injecter sur le réseau n’est plus en phase avec les attentes des territoires et des consommateurs.

« Sur le terrain, lors de discussions avec des élus, des communes ou des entrepreneurs, nous voyons monter une frustration. Ils nous disent : “le monde a besoin de cette énergie, mais qu’est-ce que cela nous apporte concrètement ?” », explique Jean-Michel Villiot, associé-fondateur de Dhooing, interrogé par pv magazine France. Selon lui, le modèle classique des développeurs photovoltaïques, qui consiste à produire puis à revendre des électrons sur le réseau, ne génère que peu de retombées locales, en dehors des recettes fiscales. « À terme, cela risque de devenir contre-productif », estime-t-il.

Installée à Bordeaux, la jeune pousse entend donc s’adresser directement aux entreprises – en particulier les ETI, PME et TPE qui ne bénéficient pas d’un tarif de l’électricité négocié – mais aussi aux collectivités et aux particuliers. L’objectif : développer ce qu’elle appelle des « îlots de décarbonation », reposant sur un modèle économique sans subventions.

Convaincue que les appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) sont appelés à perdre progressivement en importance, l’entreprise mise avant tout sur l’autoconsommation individuelle et collective, avec ou sans stockage, ainsi que sur les contrats d’achat d’électricité de long terme (PPA). « Il ne s’agit plus de « solariser » un territoire, mais de construire des modèles énergétiques locaux capables de créer de la solidarité territoriale et de redistribuer une partie de la valeur aux consommateurs », abonde Jérôme Bourgeois.

Améliorer le partage de la valeur

« Nous voulons sortir du modèle EDF OA », résume ce dernier. L’idée est de favoriser la vente directe d’électricité au prix le plus bas possible. Selon les fondateurs, les centrales photovoltaïques au sol affichent aujourd’hui des coûts de production compétitifs. Là où les projets lauréats des appels d’offres CRE se situent autour de 70 à 80 euros/MWh, les consommateurs professionnels et les collectivités achètent encore souvent leur électricité entre 90 et 180 euros/MWh selon les profils. Dhooing estime donc qu’il existe une marge de manœuvre économique pour proposer une électricité locale moins chère que celle des fournisseurs traditionnels.

La société réfléchit également à la mise en place d’un « kWh social », avec l’idée de réserver une partie de la production à des ménages à faibles revenus à un tarif le plus bas possible. Cette logique pourrait aussi passer par une ouverture du capital aux sociétés de projets, à l’image des projets citoyens.

Sur le plan technologique, Dhooing veut couvrir un large éventail d’applications : solaire au sol, trackers, agrivoltaïsme, ombrières, toitures photovoltaïques et stockage. Une diversité qui se reflète déjà dans ses premiers projets. Dans le stockage, la société travaille par exemple sur un projet couplant batterie et activité agricole afin de permettre à l’exploitant de mieux tirer parti des variations de prix de l’électricité au cours de la journée.

Elle développe aussi un projet agrivoltaïque ainsi que des installations combinant solaire en toiture, ombrières de parking et stockage, destinées à des collectivités d’environ 10 000 habitants. Là encore, la logique est celle d’« îlots de décarbonation » capables de fournir localement une partie de l’énergie consommée. La société travaille enfin sur des projets industriels visant à stabiliser une partie des coûts énergétiques de sites de production sur le long terme.

Actuellement en cours de levée de fonds, qui devrait être finalisée d’ici l’été, la jeune entreprise vise à l’horizon 2030-2031 un portefeuille de 500 MW de projets en cours de développement. Pour y parvenir, elle prévoit ainsi de racheter des portefeuilles d’actifs en développement ou prêts à construire, tout en poursuivant des projets greenfield.

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