Les analystes mettent en garde sur une possible chute brutale du prix de l’argent

Share

D’après pv magazine International

Les prix de l’argent ont fortement progressé ces derniers mois, franchissant aujourd’hui un nouveau sommet historique autour de 100 € l’once (oz). Toutefois, selon deux analystes de premier plan, cette dynamique haussière pourrait s’inverser brutalement dans les jours ou semaines à venir. « Je pense que l’argent va atteindre un sommet cette année, qui pourrait durer plusieurs années. Lorsque les prix évoluent à une telle vitesse, les déficits se retournent », a déclaré à pv magazine Mike McGlone, stratégiste senior sur les matières premières chez Bloomberg Intelligence.

Alors que l’argent pourrait atteindre un pic cyclique majeur cette année, les forces à l’origine des pénuries pourraient commencer à s’inverser. Des prix élevés sont susceptibles de freiner la demande, d’encourager une offre supplémentaire et de provoquer un débouclement (sortie rapide et collective des investisseurs, ndlr) des positions spéculatives, transformant souvent des déficits perçus en excédents.

« Sur les 855 mois de données dont nous disposons depuis 1954, l’argent n’a dépassé son actuel multiple de 3,8 fois sa moyenne mobile à 60 mois que trois fois : en décembre 1979, puis en janvier et février 1980. Le prix moyen était alors d’environ 31 €, le pic proche de 46 €, et le point bas, atteint en 1993, se situait autour de 3,30 €. Le plus bas de l’an dernier était d’environ 26 €. Le “métal du diable” semble aujourd’hui bien positionné pour infliger des pertes aussi bien aux vendeurs à découvert qu’aux acheteurs », a ajouté McGlone.

Rhona O’Connell, responsable de l’analyse de marché pour la zone EMEA et l’Asie chez StoneX, estime pour sa part que les investisseurs pourraient bientôt remettre en question leur ruée vers l’argent. «L’argent est en pleine frénésie auto-entretenue et, avec des risques géopolitiques importants qui soutiennent l’or, l’argent bénéficie actuellement de son prix unitaire plus faible, même si le ratio or/argent est désormais à un peu plus de ses plus bas niveaux depuis 14 ans », a-t-elle expliqué à pv magazine.

« Atteindre 90 € est peu crédible »

« Nous évoluons en terrain dangereux, car je crains que certaines personnes n’entrent sur le marché à ces niveaux sans réelle compréhension des fondamentaux, a-t-elle ajouté. Je compare souvent l’argent à Cendrillon. Elle passe beaucoup de temps à la cave, généralement lorsque l’or ne bouge pas. Mais lorsqu’elle va au bal, souvent grâce à la hausse du prix de l’or, elle éblouit tout le monde. Puis, à minuit, elle repart plus vite qu’elle n’est arrivée. C’est presque toujours ainsi que fonctionne le prix de l’argent. Lorsqu’il commence à baisser, la chute peut être aussi brutale que la hausse – avec les mouvements quasi verticaux que nous observons actuellement ».

Selon l’experte, le principal moteur de la récente envolée des prix de l’argent réside dans les inquiétudes du marché concernant d’éventuels droits de douane ou quotas américains sur l’argent, désormais considéré comme un minerai critique. Ces craintes ont fait passer les stocks du COMEX d’un niveau habituel de 9 000 à 10 000 tonnes en 2024 à plus de 16 000 tonnes à la mi-2025, les gestionnaires de risques hésitant à exporter le métal tandis que d’autres acteurs se hâtaient d’acheminer l’argent vers les États-Unis.

De nouvelles hausses de prix semblent peu probables, a ajouté Rhona O’Connell, écartant l’hypothèse d’un seuil à environ 137 € l’once. « Atteindre l’équivalent de 90 € est déjà suffisamment peu crédible, et je ne pense pas que ce niveau puisse être durable, a-t-elle déclaré. Les consommateurs ont poursuivi le marché à la hausse ; lorsque cela s’arrêtera, nous pourrions assister à un violent retour de bâton. Et quand la baisse commencera, elle pourrait être calamiteuse ».

Elle souligne également que l’offre d’argent ne peut pas augmenter rapidement. À court terme, seules une accélération du recyclage des déchets industriels ou des ventes de la part des investisseurs peuvent injecter du métal supplémentaire sur le marché. La production minière, quant à elle, met des mois, voire des années, à s’ajuster, et seulement 28 % de l’argent provient de mines primaires.

Les 72 % restants sont produits comme sous-produit de l’extraction du plomb, du zinc, du cuivre et de l’or, ce qui signifie que l’offre d’argent dépend largement des calendriers de production de ces métaux et rend le marché relativement rigide et vulnérable aux pénuries en cas de forte hausse de la demande.

Ce contenu est protégé par un copyright et vous ne pouvez pas le réutiliser sans permission. Si vous souhaitez collaborer avec nous et réutiliser notre contenu, merci de contacter notre équipe éditoriale à l’adresse suivante: editors@pv-magazine.com.

Popular content

La filière solaire tire la sonnette d’alarme, faute de PPE3 et de nouvelles périodes d’appels d’offres
29 janvier 2026 Malgré une année record en matière de nouvelles capacités installées, en trompe-l’oeil, la filière solaire s’inquiète pour son avenir. Sans relance ra...