Décalage territorial des projets PV dans les Alpes : une étude révèle les zones vraiment acceptables

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Dans les Alpes françaises, le développement du photovoltaïque au sol se heurte de manière croissante à un décalage entre les logiques de marché et les projets autorisés par les administrations locales. Une récente étude publiée dans Energy Policy a mis en lumière ce phénomène en analysant 236 projets photovoltaïques au sol de plus de 1 MW entre 2018 et 2025 : seuls 35% des propositions initiales obtiennent effectivement les autorisations administratives.

Et pour cause, les sites où les projets sont proposés ne sont pas ceux où ils sont le plus souvent acceptés. L’ensoleillement, la pente, la proximité du réseau électrique et la disponibilité foncière restent les principaux moteurs pour les développeurs solaires. Et dans les Alpes ces critères correspondent notamment à des espaces agricoles peu urbanisés ou des zones forestières, compatibles avec des installations à grande échelle. Pourtant, ces choix se traduisent souvent par des refus ou des procédures longues.

L’étude montre en effet que les décisions des autorités reposent plutôt sur des considérations liées à l’intégrité biophysique des sols (la préservation de leur composition naturelle) et à des enjeux environnementaux. L’un dans l’autre, la présence d’habitats naturels, la fonctionnalité écologique des sols ou l’intégration paysagère sont des facteurs plus importants dans les décisions que l’acceptation sociale ou les retombées économiques locales. 

Cette logique explique la concentration des projets autorisés dans des zones des artificialisées ou dégradées, avec un regroupement géographique marqué. Les projets proposés en zones de haute valeur écologique ou paysagère (alpages, forêts denses) sont retoqués à 70%, au profit de secteurs périurbains ou dégradés près des axes routiers. Cela traduit une acceptation accrue pour les installations discrètes, intégrées aux bâti existant, évitant ainsi l’artificialisation visible des massifs. Les auteurs notent aussi que les communes “accueillantes” (123 sur 162 dans les Hautes-Alpes) concentrent 80% des autorisations délivrées.

Les guides départementaux, comme celui des Hautes-Alpes publié en juillet 2023, excluent explicitement les terres mécanisables, les alpages, les zones agricoles protégées et les espaces ayant bénéficié de financements publics, en orientant les projets vers des friches industrielles, des carrières ou des ombrières.

Dans ce contexte, la planification est un levier important et nécessite d’intégrer, dès les premières phases, des indicateurs environnementaux robustes. La connaissance fine des zones déjà acceptées par l’administration, l’analyse des continuités écologiques et la prise en compte des usages existants du sol peuvent également réduire significativement les risques de blocage. Dans les Hautes-Alpes, sur une vingtaine de projets à l’étude en 2025, seuls ceux alignés avec ces critères avancent rapidement, avec des délais d’instruction ramenés à moins de quatre ans grâce aux dispositifs de la loi APER.

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