Le sodium-ion surpasse-t-il le lithium-ion dans les batteries portables ? Le Bluetti Pioneer Na tente l’expérience

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D’après pv magazine ESS News

Les fabricants de stations d’énergie portables proposent désormais des produits arrivés à maturité. Les innovations autour des batteries lithium-ion ont largement exploité leur potentiel, et de nouvelles pistes émergent à partir d’autres chimies. Le fabricant chinois Bluetti s’est ainsi tourné vers la technologie sodium-ion pour sa station Pioneer Na. ESS News a pu tester l’appareil en conditions hivernales, par températures négatives.

Le choix du sodium-ion est stratégique. La Pioneer Na, reconnaissable à sa robe bleue, repose sur des cellules NaFeMnO₂ (un oxyde lamellaire de manganèse et de sodium utilisé comme matériau de cathode) associées à une anode en carbone dur.

Pourquoi le sodium ? Quels compromis ?

L’utilisation du sodium, en lieu et place du lithium, permet de recourir à une chimie moins volatile. Le risque d’emballement thermique est réduit par rapport à certaines batteries lithium-ion. Au-delà de la sécurité, Bluetti met en avant une plage de fonctionnement nettement élargie. La Pioneer Na peut être rechargée jusqu’à –15 °C et délivrer de l’énergie jusqu’à –25 °C. À titre de comparaison, les stations lithium fer phosphate (LFP) classiques ne peuvent pas être rechargées en dessous de 0 °C en fonctionnement standard, sauf à intégrer des systèmes de chauffage internes, consommateurs d’énergie.

Le fabricant évoque également une meilleure stabilité thermique et une chaîne d’approvisionnement plus « verte », sans lithium ni cobalt. Quelques limites subsistent néanmoins : à –25 °C, la capacité de décharge tombe à 80 % tout en conservant la pleine puissance de sortie. En dessous de –10 °C, la recharge ne peut dépasser 60 % de l’état de charge (SoC).

Caractéristiques techniques

En dehors de ses performances en environnement froid, la Pioneer Na affiche 900 Wh de capacité, 1 500 W de puissance de sortie, jusqu’à 1 900 W en charge rapide, plus de 4 000 cycles et une durée de vie annoncée de dix ans. Elle accepte 1 400 W en entrée AC, 500 W en solaire, ainsi qu’une alimentation 12 V/24 V via prise allume-cigare. Le compromis le plus visible concerne le poids : 16 kg pour 900 Wh. À titre de comparaison, la Bluetti Elite 100 V2 (1 024 Wh) ne pèse que 11,5 kg, soit environ 30 % de moins.

La connectique comprend des prises AC (4 x 120 V aux États-Unis, 2 x 220 V en Europe), quatre ports USB-A (15 W) et un port USB-C (100 W). La prédominance de ports USB-A peut être perçue comme un point faible. Une zone de recharge sans fil est intégrée sur le dessus (activation via application). En veille, la consommation est limitée à 1,5 W. On regrette l’absence d’indice de protection (IP), alors même que ce type d’équipement vise des usages en extérieur : neige, navigation, pêche, chasse nocturne.

Test en conditions réelles

L’appareil a été laissé une nuit en extérieur, à l’abri de l’humidité, durant l’hiver allemand, avec des températures inférieures à –10 °C. Au matin, la décharge a fonctionné normalement. La recharge, en revanche, était fortement limitée. Selon les données fournies par Bluetti :

  • 10–25 °C : ≈ 1 400 W

  • 0 °C : ≈ 245 W

  • –5 °C : ≈ 211 W

  • –10 °C : ≈ 159 W

  • –15 °C : ≈ 132 W

  • ≤ –20 °C : non rechargeable

La technologie fonctionne donc là où le lithium est généralement inopérant, mais avec des restrictions notables.

Le lithium reste-t-il dominant ?

Le sodium-ion se distingue clairement pour des usages spécifiques en conditions de froid extrême. Dans un contexte d’hivers rigoureux, comme en Allemagne début 2026, cette alternative peut s’avérer pertinente. Cependant, pour la majorité des utilisateurs et la plupart du temps, le lithium conserve l’avantage en termes de densité énergétique, de poids et de puissance. Face à l’Elite 100 V2, la Pioneer Na accuse un retard sur ces critères clés.

Certains profils – pêcheurs sur glace en Norvège, utilisateurs isolés sans chauffage – pourraient néanmoins trouver dans le sodium une solution adaptée à leurs besoins spécifiques. Bluetti doit être salué pour cette initiative pionnière, même si le prix de lancement, fixé à 1 200 euros, positionnait le produit au-dessus des équivalents lithium-ion. Des remises ont depuis ramené le tarif sous la barre des 920 euros.

Interrogé quelques mois après le lancement, un porte-parole de Bluetti précise : « Pioneer Na a été développée pour répondre à un manque critique du stockage d’énergie : la fiabilité sous stress thermique extrême. Garantir une performance stable à –25 °C constitue une avancée concrète pour l’industrie. » Et d’ajouter : « Au-delà de sa résilience au froid, la technologie sodium-ion présente un double avantage : elle réduit la dépendance mondiale aux ressources en lithium et offre une stabilité thermique intrinsèque renforçant la sécurité. Cette étape marque un jalon mondial, mais Bluetti reste concentré sur l’amélioration continue de cette technologie afin de répondre durablement aux besoins réels des utilisateurs. »

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