Le solaire couplé au stockage devrait sortir du bois cette année

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Le stockage d’énergie est prêt à vraiment arriver à maturité en 2020 – certes, vous l’avez entendu à plusieurs reprises auparavant -, mais les projets de stockage à grande échelle se multiplient dans le monde entier et le stockage couplé au solaire plus semble plus que jamais prêt à jouer un rôle d’équilibrage du réseau aux États-Unis et en Australie au cours des 12 prochains mois.

Aux États-Unis en particulier, les projets de stockage couplé au solaire peuvent même faire sortir du marché les centrales de pointe au gaz pour renforcer la sécurité de l’approvisionnement en électricité. Comme Steve Fludder, PDG de l’entreprise NEC Energy Solutions (filiale du conglomérat japonais NEC), a déclaré à pv magazine : «Les batteries au lithium-ion peuvent injecter des mégawattheures sur le réseau en quelques millisecondes, en adaptant l’offre à la demande en temps réel.» Et ce stockage va continuer d’être fondé sur la technologie ion-lithium, malgré les préoccupations liées aux dommages environnementaux et sociaux liés à l’approvisionnement en lithium.

Si l’organisme professionnel américain Energy Storage Association peut persuader le Congrès de légiférer un crédit d’impôt à l’investissement dédié aux systèmes de stockage cette année, la technologie pourrait vraiment exploser au cours de l’année.

Les batteries ont de la réserve

En Australie, la demande de stockage d’énergie à grande échelle montre peu de signes de ralentissement malgré l’ambivalence du gouvernement face à la crise climatique. L’infrastructure de transport d’électricité vieillissante et en sous-investissement, qui représente un tel obstacle au déploiement de nouvelles capacités de production d’énergie solaire, semble offrir une opportunité pour le stockage, certaines exploitations agricoles à l’écart du réseau étant déjà prises en charge par l’énergie solaire couplée au stockage, plutôt qu’en amenant de coûteux poteaux électriques.

Le stockage pourrait également surprendre en gagnant du terrain sur les marchés solaires émergents. Même si des obstacles importants demeurent sur les marchés sensibles aux coûts tels que l’Inde, malgré un appel d’offres de 1 GW de la Solar Energy Corporation of India qui nécessitera au moins au moins un stockage pour la moitié de la production. Comme Atin Jain, de Bloomberg New Energy Finance (BNEF) le souligne : « L’économie encore chère du stockage, [les] complexités techniques de l’appel d’offres, les défis liés à l’acquisition de terres et [une] incapacité des producteurs d’électricité indépendants à garantir un capital et du dette concurrentiels peuvent avoir un impact sur cet appel d’offres. Mais nous pensons que cet appel d’offres est un premier pas vers la réalisation d’énergies renouvelables distribuées en Inde. »

Les baisses de prix dans le secteur des batteries, comme dans toutes les autres nouvelles technologies, sont cruciales pour une adoption généralisée. En outre, la demande croissante de lithium entraînée par les besoins des véhicules électriques – ainsi que le stockage à l’échelle du réseau – peuvent en fait freiner les économies réalisées cette année.

Perspectives du bifacial

Les opinions sont partagées sur le taux auquel les panneaux photovoltaïques bifaciaux continueront de remplacer les modèles traditionnels cette année, en grande partie en raison de l’incertitude quant à savoir si l’exemption des produits bifaciaux des droits d’importation de l’article 201 aux États-Unis sera levée ou non.

Une enquête est en cours et, comme l’analyste de PV InfoLink, Corinne Lin, le déclare à pv magazine, les perspectives pour 2020 en termes de volumes de déploiement bifaciaux ont été révisés à la baisse, à 12 GW de nouvelles capacités dans le monde. L’analyste souligne que la demande de cellules bifaciales reste bonne dans les marchés émergents, notamment en Égypte, au Mexique, au Brésil, au Salvador, au Chili, aux Émirats arabes unis, à Oman, au Pakistan, en Israël, au Danemark, aux Pays-Bas et en Russie, ainsi qu’en Espagne et au Royaume-Uni.

Jenny Chase, de BNEF corrobore cette opinion, prédisant que les modules bifaciaux contribueront jusqu’à 40% dans les projets à taille industrielle sur les marchés les plus en pointe dans le monde en 2020 représentant un volume total de 20 à 29 GWc.

Des fabricants parfois en difficulté

Chase prédit également une année difficile pour certains fabricants solaires mondiaux – à l’exclusion des producteurs de silicium polycristallin – et suggère même que certains des dix premiers du secteur pourraient être forcés de quitter le marché du PV en 2020 en raison de marges minces et du recul continu des subventions en Chine.

En détails, le monde pourrait voir jusqu’à 135 GWc de nouvelles capacités solaires déployées au cours des 12 prochains mois, l’Inde anticipant au moins 10 GWc grâce à 7 GWc de projets soumissionnés cette année et 5 GWc en cours. En France, Enerplan et le SER prévoient que 1,5 GWc de nouvelles constructions en 2020, pour atteindre 11,4 GWc de capacité cumulée. L’Allemagne toujours en tête pourrait enregistrer au moins 4 GWc supplémentaires – équivalent au volume ajouté en 2019 – à condition que le gouvernement tienne enfin sa promesse de supprimer le plafond de 52 GWc qui annulerait les subventions pour les systèmes d’une capacité allant jusqu’à 750 kW. En revanche, si ce plafond reste en place, un rush pourrait être enregistré en début d’année avant un effondrement des nouveaux projets.

L’Australie est un marché où il faut s’attendre à des chiffres des nouvelles installations solaires en baisse, le Premier ministre Scott Morrison semblant se contenter de miser sur le charbon pendant que Sydney brûle. L’absence de toute politique solaire maintenant que l’objectif d’énergies renouvelables 2020 a été dépassé pourrait entraîner une baisse des nouvelles installations (4 GWc en 2019) à 2,5 GW en 2020. La majeure partie de cette nouvelle capacité devrait être composée de projets lancés en 2019 et retardés par des obstacles aux développeurs de renouvelables mis par l’opérateur australien du marché de l’énergie (AEMO, en initiales anglaises), mais le marché solaire sur toiture conserve une excellente santé.

Questions de politique

Aux côtés des superpuissances solaires que sont la Chine et les États-Unis, il faudra garder un œil sur l’Espagne en pleine résurgence ainsi que sur la Corée du Sud et Taïwan dans les 12 mois à venir. En revanche, Chase de BNEF prédit que la potentielle révolution solaire en Afrique continuera d’être entravée par des retards.

Tous les regards seront tournés vers l’Europe à court terme pour voir si la nouvelle présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, peut conduire son Green Deal pour l’Europe sans qu’il soit considérablement édulcoré par les oppositions en Hongrie et en Tchéquie, sans oublier le Brexit du Royaume-Uni.

Un marqueur pour l’année sera enfin les élections en novembre aux États -Unis, et ses conséquences sur le cours de la transition énergétique américaine.

Solutions durables

Au cours des 12 prochains mois, l’UE tentera probablement de persuader la Chine d’accélérer la décarbonisation d’un système énergétique qui repose encore beaucoup trop sur le charbon. Pendant ce temps, les États pétroliers du Moyen-Orient sont susceptibles d’offrir des marchés pour de gros volumes de panneaux chinois.

En y ajoutant une application croissante de l’intelligence artificielle au fonctionnement des réseaux et au commerce de l’énergie, un déploiement plus large de projets d’hydrogène vert et un développement du couplage stockage solaire et éolien sur l’année, sans oublier les pérovskites, les perspectives s’annoncent plutôt radieuses pour le solaire en 2020.

Meilleurs vœux pour une année à suivre de très près.

Approvisionnement en matières premières

Dans le cadre de l’initiative mondiale de développement durable de pv magazine, nous nous concentrerons au cours des trois prochains mois sur l’approvisionnement en matières premières dans l’industrie du stockage de l’énergie. Vous pouvez vous attendre à lire l’extraction du lithium au Chili, le cobalt du Congo et le développement du recyclage des matières premières. Contactez up@pv-magazine.com pour plus d’informations ou pour monter à bord!