ekWateur, en route vers le peer-to-peer de l’énergie

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Jusqu’ici, les plateformes d’échange d’énergie entre consommateurs et producteurs de renouvelables se limitaient à un cadre restreint, comme cela a été le cas en Suisse avec le projet Quartierstrom par exemple. Le fournisseur d’électricité ekWateur s’associe désormais à Power Ledger, une société australienne spécialiste de la blockchain, pour déployer un projet similaire au niveau national.

La plateforme développée par ekWateur et Power Ledger sera mise en œuvre en deux temps : au départ, elle permettra aux clients de visualiser la composition et la provenance de l’électricité consommée en temps réel. « Chez ekWateur, nous proposons déjà une offre verte classique et une offre verte premium [basée sur le choix par le client d’un producteur principal] », explique Julien Tchernia, le cofondateur d’ekWateur, à pv magazine. « En revanche, il est difficile de faire comprendre à un client qu’il achète de l’électricité provenant d’un parc solaire, par exemple, et qu’il a pourtant de l’électricité pendant la nuit – alors que le parc ne produit plus », ajoute-t-il.

Avec la nouvelle plateforme basée sur la blockchain, la production d’énergie deviendra tangible : « le consommateur pourra par exemple voir qu’à midi 80 % de son électricité est bien couverte par le parc solaire qu’il a choisi. La nuit, il constatera que c’est un autre mix énergétique qui couvre sa consommation, un mix qui complète le volume proposé par son producteur principal. »

« On veut améliorer la qualité de cette information », précise encore le fondateur d’ekWateur, qui ne cesse de lancer de nouveaux produits et services, tels qu’un kit d’autoconsommation solaire ou une offre de fourniture d’électricité très localisée en partenariat avec RES.

Cette première fonction devrait être opérationnelle d’ici la fin de l’année.

Un échange d’énergie pair à pair pour promouvoir la décentralisation de l’énergie

Dans un second temps, la plateforme permettra aux producteurs, petits ou gros, de proposer leur électricité à d’autres clients. Dans ce modèle pair à pair (peer-to-peer), ils fixeront eux-mêmes les prix.

Julien Tchernia donne en exemple des cas qui ne s’appuient pas sur un modèle de vente au plus offrant, tels que l’échange d’énergie entre des parents disposant de panneaux photovoltaïques sur le toit de leur maison et leur enfant habitant en appartement. « Dans ce cas, hors abonnement (pour participer à la plateforme) et frais de transport sur le réseau, l’électricité ne sera pas payante. »

« On veut laisser la liberté de prix », souligne-t-il. « On veut que les gens vivent la décentralisation de l’énergie, à laquelle nous croyons très fort. Et cette décentralisation passe aussi par la multiplication des producteurs, et l’indépendance de ceux-ci et de leurs choix. »

Cette deuxième phase sera opérationnelle d’ici fin 2021.

Première mondiale

Pour certifier les échanges d’énergie, la plateforme sera basée sur la nouvelle solution, nommée Vision, développée par Power Ledger. Utilisant la blockchain, elle exploitera les données fournies par les compteurs Linky des consommateurs et celles données par les compteurs intelligents dédiés installés chez les producteurs.

La société australienne a déjà testé son système en Thaïlande et en Australie notamment, toutefois à des échelles limitées telles qu’un campus ou un village. Là, il s’agira d’un projet d’une dimension bien plus importante : il faudra gérer tous les clients d’ekWateur disposant d’un compteur Linky, ce qui correspond à près de 100 000 compteurs à ce jour — un volume qui continuera d’augmenter.

« Nous avons prouvé que la technologie fonctionne et, désormais, nous sommes prêts à la déployer au niveau d’un pays, ce sera notre plus grand projet à ce jour. Il s’agit également d’une première mondiale dans le domaine du commerce de l’énergie, les clients pouvant choisir leur mix énergétique en sachant qu’il est certifié par une plateforme de blockchain immuable », déclare Jemma Green, la présidente exécutive de Power Ledger.