La France et l’Allemagne lancent une série de dialogues d’entreprises sur l’hydrogène vert

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La Chambre Franco-Allemande de Commerce et d’Industrie et les associations de développement de l’hydrogène française (France Hydrogène) et allemande (DWV) ont donné le coup d’envoi d’une série d’événements et de dialogues permanents entre les acteurs des deux pays. « L’hydrogène vert est considéré comme un élément clé de la transition énergétique, a rappelé Guy Maugis, président de la Chambre franco-allemande de commerce et d’​industrie. La France et l’Allemagne y voient ainsi une importance stratégique pour la décarbonation de l’énergie, des transports et de l’industrie, avec un investissement de 7,2 milliards d’euros pour la France et 9 milliards d’euros pour l’Allemagne d’ici à 2040 ».

Les participants au premier dialogue franco-allemand sur l’hydrogène.

Image : Chambre Franco-Allemande de Commerce et d'Industrie

En attente des premières concrétisations

Mais un an après la publication des stratégies nationales des deux pays, les acteurs présents lors d’une conférence organisée à l’occasion du premier échange sur le sujet ont regretté le manque de concrétisations. « Le deuxième semestre 2021 doit crucial dans la matérialisation du grand plan européen d’Intérêt Européen Commun (PIIEC/IPCEI) sur l’hydrogène lancé en décembre 2020, a ainsi souligné Laurent Carme, directeur général de McPhy. Il doit aboutir à l’annonce de projets d’ampleur concrets afin de créer la filière et les entreprises et fournisseurs qui la feront vivre ».

« Il nous actuellement manque une coordination et un plus grand engagement politique pour créer l’éco-système économique et technologique pour créer une filière de l’hydrogène, a pour sa part regretté Martina Mertz, PDG de Thyssenkrupp. Selon l’entreprise, le secteur de la sidérurgie représente 2,5 % des émissions de CO2 en Allemagne et Thyssenkrupp a chiffré que pour sa production d’acier, 720 000 tonnes d’hydrogène serait à l’avenir nécessaire, ce qui correspond à 3 000 éoliennes. « Les chiffre parlent d’eux-mêmes : pour réaliser cette conversion, nous avons besoin de la sécurité des investissements et pour cela un roadmap clair et précis », a poursuivi Martina Mertz, dont le groupe commercialise également une solution d’électrolyse alcaline.

Vers un marché de commodités

La question du prix sera également essentielle et chacun a appelé de ses vœux que l’hydrogène devienne dans le futur une commodité, avec un prix attractif. « Le prix des énergies renouvelables et les coûts de transport ont une influence majeure sur le prix de l’hydrogène. En réalité, un prix de l’hydrogène vert mis à disposition dans l’UE inférieur à 3 euros/kg sera difficile à atteindre dans un système d’économie de marché socialement juste », a toutefois nuancé Werner Diwald, président de DWV (Deutsche Wasserstoff- und Brennstoffzellen-Verband). « Pour développer le marché de l’hydrogène zéro carbone, nous avons besoin d’électricité renouvelable à un prix bas, et nous avons besoin de subventions de l’Etat de manière ciblée, a appelé Gilles Le Van, PDG de Air Liquide Allemagne. Il faudrait également une certification harmonisée au sein de l’Union européenne pour que le client puisse faire son choix sur le plan technologique, parmi les différents types d’hydrogène ».

Un hydrogène de quelle couleur ?

La couleur de l’hydrogène reste en effet l’une des inconnues et l’une des différences majeures entre les deux pays. Ainsi, l’Allemagne, qui estime sa consommation à 90 à 110 TWh d’ici à 2030, mise principalement sur le développement des énergies renouvelables et sur les importations en provenant de pays tiers. Le ministère fédéral de l’Économie et de l’Énergie a par exemple remis une décision d’attribution de subvention à hauteur de 8,23 millions d’euros à Siemens Energy dans le cadre de son projet PtX « Haru Oni » de production d’hydrogène vert dans le sud du Chili, où les coûts sont particulièrement bas.

De son côté, la France qui se fixe ainsi un objectif de 6,5 GW d’électrolyseurs installés en 2030 estime que l’hydrogène décarboné ne peut pour l’heure se passer du nucléaire, une source d’énergie que l’Allemagne arrêtera définitivement fin 2022. « L’électrolyseur de l’eau fait particulièrement sens avec une source d’électricité bas carbone, a ainsi avancé Laurent Carme. L’objectif principal est donc de produire de l’hydrogène 100 % renouvelable, mais compte-tenu des volumes attendus, en dépit du rythme important de développement des énergies renouvelables, elles ne pourront pas suffire. La France possède un parc bas carbone important, grâce au nucléaire et à l’hydroélectricité. Dans cette période de transition et de construction du marché, il ne faut donc surtout pas se priver de ces sources. Il n’y a pas de contradiction ».

« ArcelorMittal s’est fixé comme objectif de réduire de 30 % ses gaz à effets de serre en 2030 et d’atteindre la neutralité carbone avant 2050, a rappelé Emmanuel Deneuville, directeur du programme Décarbonation chez Arcelor Mittal France. Cela passe par de nombreux piliers, dont le stockage du carbone (CCS), le recyclage des matières ou encore l’hydrogène. Nous aurons pour cela besoin de plusieurs centaines de mégawatts en termes d’électrolyse, pour chacune de nos usines. Cela nécessite donc des Capex très élevés. La construction de la filière de l’hydrogène peut être un prélude à l’élaboration d’une feuille de route européenne de la décarbonation, avec un vaste marché commun et des coopérations transfrontalières ».

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