[Dossier agrivoltaïsme] Arguments d’agriculteurs, pour et contre

Share

POUR : « Un levier pour produire et embaucher durablement »

Johan Bernardin, agriculteur est intervenu lors du colloque sur l’agrivoltaïsme organisé par GLHD et l’Institut national de l’énergie solaire (INES) à Paris. Selon lui, ce levier aide les jeunes agriculteurs à investir dans de nouveaux outils agricoles et de pérenniser les emplois.

« Mon exploitation, Les Jardins charentais à Rétaud (Charente-Maritime), produit chaque année près de 250 tonnes de fruits et légumes. J’ai repris la ferme à 19 ans, et quelques années plus tard, face à la demande croissante des collectivités territoriales, j’ai voulu investir dans une nouvelle serre. Mais construire un hectare de serre agricole coûte environ un million d’euros, et à 23 ans, aucune banque n’a voulu me suivre.

Je me suis alors tourné vers un développeur photovoltaïque : l’entreprise Reden Solar a financé 100 % de ma serre agrivoltaïque grâce à la vente de l’électricité solaire, tandis que j’ai investi dans les équipements et les plants cultivés en dessous.Selon moi, l’agrivoltaïsme est un bon outil pour répondre aux attentes sociétales. Depuis le 1er janvier 2022, la loi Egalim impose que 50 % des produits servis en restauration collective soient de qualité AOP (Appellation d’origine protégée), IGP (Indication géographique protégée)…, dont 20 % en bio. Cet objectif est ambitieux, mais impossible à atteindre pour les agriculteurs sans capacité d’investissement.

C’est pourquoi il ne faut pas réduire l’agrivoltaïsme à la seule production d’énergie : c’est aussi un moyen de pérenniser l’activité des exploitants. Grâce à ce modèle, j’ai pu créer 15 emplois en CDI à temps plein. Il facilite aussi l’accès au foncier et au crédit pour les jeunes agriculteurs. Quand on sait que l’âge moyen des maraîchers est aujourd’hui de 59 ans, il est urgent d’offrir des leviers concrets à la relève agricole. »

CONTRE : « Du profit pour les énergéticiens, pas pour les agriculteurs »

Pour Nicolas Fortin, agriculteur dans la Vienne et secrétaire national à la Confédération paysanne, les projets agrivoltaïques menacent l’équilibre du foncier rural et dénaturent le rôle premier de l’agriculture : nourrir, pas produire de l’électricité.

« Je suis éleveur à La Puye, dans la Vienne, de vaches charolaises et de porcs en bio, avec 180 hectares de terrain. Selon moi, les terres agricoles ont avant tout une vocation alimentaire. Je soutiens les énergies renouvelables, mais la transition énergétique peut se faire sans sacrifier nos champs : selon l’Ademe, il suffirait d’utiliser un tiers des toitures, friches et parkings pour atteindre les objectifs nationaux en photovoltaïque.

Les projets agrivoltaïques, plus rentables pour les énergéticiens car situés sur des terrains plats proches des postes sources, ne servent pas les intérêts des agriculteurs. D’une part, l’ombrage causé par les panneaux photovoltaïques réduit les rendements agricoles. De l’autre, les revenus proposés sont disproportionnés : dans la Vienne, les loyers agricoles sont de 150 à 200 euros à l’hectare (ha), tandis que les développeurs offrent 2 000 à 6 000 €/ha, pour installer leurs panneaux, soit 10 à 30 fois plus.

Ce n’est pas un revenu complémentaire, c’est une rente, qui déstabilise le marché foncier et qui favorise la spéculation. En effet, elles sortent du statut du fermage et font l’objet d’une rétention foncière, certains agriculteurs préférant conserver ces terres après leur retraite, plutôt que de les céder.

Aujourd’hui, 60 à 70 projets sont à l’étude dans mon département. C’est devenu anarchique. La plupart concerne l’élevage ovin : les brebis servent d’alibi pour l’entretien des herbes, et les éleveurs touchent jusqu’à 30 000 € par an. Ce n’est plus de l’agrivoltaïsme durable, mais du salariat déguisé. »

Ce contenu est protégé par un copyright et vous ne pouvez pas le réutiliser sans permission. Si vous souhaitez collaborer avec nous et réutiliser notre contenu, merci de contacter notre équipe éditoriale à l’adresse suivante: editors@pv-magazine.com.

Popular content

[Dossier agrivoltaïsme] « En l’état, la loi est hypocrite », affirme Christian Dupraz (INRAE)
20 janvier 2026 Si l’agrivoltaïsme s’impose comme une voie prometteuse pour concilier production agricole et production d’énergie solaire, des tensions apparaissent e...