[Acteur de la semaine] VoltR, le pari de la re-manufacture des batteries en France

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Créée en 2022 à Angers, la société VoltR s’est implantée dans le Technocampus électronique et IoT avec l’ambition de structurer une filière industrielle du réemploi des batteries lithium-ion en France. La jeune entreprise emploie aujourd’hui 35 collaboratrices et collaborateurs répartis entre son usine pilote angevine (qui réunit les deux tiers des effectifs) et un bureau à Saint-Ouen, en région parisienne. Elle collecte, re-manufacture et commercialise des batteries usagées en France hexagonale.

Dotée des certifications nécessaires à la remise sur le marché, VoltR opère aujourd’hui principalement sur les marchés de la mobilité légère et le petit outillage, mais travaille aussi sur des prototypes de batteries plus puissantes, susceptibles d’alimenter des solutions de stockage stationnaire et de mobilité électrique, comme les voitures.

Un gisement en structuration

Selon le ministère de l’Aménagement du territoire et de la transition écologique, ce sont plus de 1 600 millions de batteries qui sont chaque année mises sur le marché national, ce qui représente environ 35 000 tonnes. Avec la montée en puissance des batteries industrielles et de véhicules électriques, le règlement européen a élargi la responsabilité élargie du producteur (REP) à ce type de dispositifs en août 2025, dont la collecte est désormais encadrée par des éco-organismes agréés, comme Batribox. Les nouveaux cahiers des charges fixent des objectifs de réemploi : 2 % des batteries collectées d’ici 2027 et 5 % d’ici 2030.

Dans un entretien avec pv magazine France, Charles Arrighi, directeur collecte et réemploi chez VoltR explique qu’avant cette mise en place opérationnelle, la collecte et la gestion des déchets de batteries étaient principalement assurées de grandes opérateurs de traitement comme Veolia ou Suez. La jeune pousse passait alors par ces acteurs pour récupérer des lots de batteries susceptibles d’être ré-employées.

Aujourd’hui, les volumes collectés sont en principe centralisés par les éco-organismes agréés, qui mandatent des opérateurs pour la logistique et le traitement. « Dans les faits, la structuration prend du temps », nuance Charles Arrighi. L’entreprise s’approvisionne aussi directement auprès des producteurs et détenteurs de batterie. VoltR travaille notamment avec Lime pour la micro-mobilité, ainsi qu’avec des industriels du B2B positionnés sur des applications premium, garantissant des batteries de meilleure qualité en entrée.

Re-manufacture : de la cellule au nouveau pack

Le cœur de métier de VoltR repose sur deux grandes étapes : la préparation à la ré-affectation et la ré-affectation elle-même. L’activité s’articule autour de trois segments : l’électroportatif (l’outillage profession, les batteries de secours, les applications médicales), principalement en format cylindrique industriel ; la micro-mobilité (vélos, trottinettes, scooters électriques) ; et, au stade du prototypage, les batteries issues de véhicules électriques ou d’applications de stockage stationnaire.

Pour les batteries cylindriques, le processus est désormais industrialisé. VoltR commence par démanteler les packs de batteries et récupère la partie du « pack énergie », c’est à dire l’assemblage des cellules associées à son système de gestion de la batterie (BMS ou Battery Management System). Les connectiques sont retirées et les cellules extraites. Vient ensuite la phase de test avec une mesure de leur état de santé (SOH ou State of Health). Seules les cellules répondant aux critères de performance et de sécurité sont conservées.

VoltR réassemble ensuite les dispositifs pour créer de nouveaux packs pour ses clients, soit en catalogue, soit sur commande spécifique.

Screenshot

Image : VoltR

« Les batteries qui sont remises sur le marché suivent les mêmes niveaux de certification que des batteries neuves », insiste Charles Arrighi. La conformité réglementaire est un passage obligé car la société doit obtenir un certificat de vente pour évoluer dans ce marché encadré. Parmi ses clients actuels, VoltR compte Leroy Merlin qui achète et redistribue des batteries électroportatives, des fabricants et assembleurs de vélos électriques ou encore des entreprises positionnées sur la smart city ou la domotique comme Somfy qui développe une batterie pour certaines de ses gammes de produits.

Depuis l’ouverture de son usine à Angers, VoltR a produit plus de 12000 batteries. En 2025 l’entreprise a enregistré un chiffre d’affaires de 600 000 euros. A l’horizon 2026, elle vise l’entrée de 50 tonnes de batteries pour traitement, avec une montée en puissance progressive des volumes re-manufacturés en sortie.

Cap vers les batteries VE et stationnaires

VoltR travaille aussi sur batteries issues de véhicules électriques, une manne appelées à grandir dans la décennie. Ici, le traitement s’effectue au niveau du module et non de cellule, en raison des contraintes techniques. Le réassemblage prévoit l’intégration des modules dans des systèmes de stockage indépendant.

« Des prototypes de stockage stationnaires mobiles sont en test chez des bêta-testeurs et les premiers résultats sont attendus dans les prochains mois », précise Charles Arrighi. L’enjeu est double : démontrer la viabilité technique et sécuritaire de ces systèmes et valider leur modèle économique face à des batteries neuves dont les prix ont fortement baissé ces dernières années. A noter que l’entreprise traite aussi des batteries industrielles, notamment d’anciennes batteries de stockage stationnaire, ouvrant la voie à un marché circulaire au sein même du secteur de l’énergie.

Pour accompagner ces développements mais aussi structurer l’activité existante, VoltR est en cours de levée de fonds pour se doter de quelques millions d’euros supplémentaires. La société avait déjà bouclé un premier tour de table en décembre 2023 et récolté 4 millions d’euros pour financer son usine pilote. En parallèle, elle a aussi acquis un terrain à Durtal, à côté d’Angers, pour y développer un site industriel de stockage qui est en cours de préparation.

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