Les data centers peuvent-ils jouer le rôle d’actifs de flexibilité sur le réseau ?

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Avec l’essor de l’intelligence artificielle et du cloud computing, le raccordement des centres de données pose de nouveaux défis aux gestionnaires de réseau. Or, ces infrastructures sont-elles uniquement consommatrices d’énormes quantités d’électricité ou peuvent-elles aussi rendre des services au réseau ? C’est la question soulevée lors d’une table ronde entre Enedis et RTE sur le salon Open Energies.

Comme l’a rappelé Hélène Heurtevent, directrice territoriale Rhône et Ain de Enedis, la majorité des data centers en France sont aujourd’hui raccordés au réseau basse et moyenne tensions. Le gestionnaire du réseau de distribution compte ainsi 370 data centers raccordés sur son périmètre. Mais la situation est en train de changer avec l’arrivée des centres de données de nouvelle génération, conçus pour l’intelligence artificielle. « Du côté de RTE, seulement huit data centers sont raccordés au réseau de transport. Ces acteurs ont réservé environ 800 MW, mais n’en consomment aujourd’hui qu’environ 15 %, explique Vincent Briat, directeur des affaires publiques de RTE. Toutefois, nous assistons à un point de bascule depuis un an et demi à deux ans, avec une explosion des demandes de réservation sur le réseau de distribution ».

Concrètement, RTE compte actuellement 30 GW de réservations de raccordement pour des projets industriels sur le réseau de transport, soit l’équivalent de plusieurs dizaines de réacteurs nucléaires. « La moitié de ces demandes concerne les data centers. Il y a donc une véritable course aux projets », souligne le directeur des affaires publiques. Ces data centers dédiés à l’IA se caractérisent par une densité de puissance au mètre carré jusqu’à dix fois supérieure, une orientation vers le calcul intensif et des temps de réalisation très courts, demandés par les opérateurs. « Une véritable compétition s’engage pour sécuriser les sites les mieux raccordés au réseau », résume Hélène Heurtevent.

Pour expliquer que 15 GW de raccordement pour des centres de données soit aujourd’hui réservés, Vincent Briat explique que cela est dû au fait que la France applique le principe du “premier demandeur, premier servi”. Les opérateurs réservent donc une capacité sans être certains que le projet sera finalement autorisé et construit. Une concertation nationale est de fait en cours pour faire évoluer le système vers un modèle de “premier prêt, premier servi”, afin de favoriser les projets réellement matures.

Possibilité de flexibilité limitée

Concernant la flexibilité, Hélène Heurtevent indique que les data centers ont besoin d’une puissance disponible 24h/24 et 7j/7, et recherchent souvent de la redondance, par exemple via un second transformateur. « La modulation de puissance paraît aujourd’hui très limitée », assure-t-elle. « Vu de loin, un data center pourrait apparaître comme un objet de flexibilité. En réalité, ce sont des investissements très capitalistiques, qui ont plutôt intérêt à fonctionner en base, avec un taux d’utilisation élevé », abonde Vincent Briat.

Pour autant, plusieurs pistes existent pour améliorer l’efficacité énergétique, avec des contrats d’effacement permettant de limiter ponctuellement la consommation, un mécanisme qui existe déjà pour les autres acteurs de l’industrie. La question est donc de savoir si les data centers pourraient y participer. « Certaines activités, comme la sauvegarde ou l’entraînement d’IA, pourraient éventuellement être décalées dans le temps », interroge Hélène Heurtevent.

En effet, si la France reste prudente sur ce sujet, les deux intervenants ont évoqué l’exemple d’autres pays, montrant que les data centers peuvent déjà constituer des objets de flexibilité pour soulager des réseaux électriques plus contraints. Aux Émirats arabes unis, certains data centers sont ainsi construits dans des campus énergétiques intégrés, dans lesquels ils sont associés à des unités de production d’électricité dédiées pour stabiliser le profil de charge. En Allemagne, la flexibilité est intégrée dès la conception grâce aux batteries et énergies renouvelables, permettant aux infrastructures de répondre aux fluctuations du réseau et aux variations de prix.

« Par conséquent, dans certains cas, les autorités françaises pourraient tout à fait imposer techniquement des moyens de flexibilité. La priorité serait donnée à l’installation de batteries, dont l’objectif serait plutôt de limiter les périodes de soutirage sur le réseau », conclut Vincent Briat.

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