200 milliards d’euros pour les réseaux : le pari structurel de la prochaine décennie

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Roland Lescure, l’actuel ministre de l’Économie était invité par BFM TV ce dimanche 15 février. Il a été interrogé, entre autres, sur la nouvelle PPE et les coûts qu’elle allait représenter sur la période 2026-2035. Il confirme un chiffre déjà discuté dans le débat public depuis plusieurs mois : 200 milliards d’euros sont à prévoir pour les réseaux électriques d’ici 2035.

Si l’enveloppe paraît impressionnante à premier examen, elle recouvre en fait plusieurs prérogatives et renvoie surtout à une hypothèse de trajectoires. Et cette dernière recoupe à la fois le niveau réel d’électrification, le rythme de réalisation des projets industriels et le volume effectif de renouvelables raccordés…

Des hypothèses de trajectoire liées à des arbitrages technologiques, économiques et politiques

Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE, rappelait fin septembre à l’occasion d’un événement professionnel, que l’opérateur du réseau de transport prévoyait un plan d’investissement de 100 milliards d’euros sur quinze ans pour transformer et adapter son réseau haute tension. Ce dernier part d’une hypothèse de production d’énergies renouvelables de 135 GW en 2040 (par rapport à une production aujourd’hui en service d’environ 48 GW, avec, au moment de sa prise de parole, des files d’attente représentent 46 GW). « RTE n’a en tout cas pas prévu de raccorder les 300 GW de projets d’énergie renouvelable aujourd’hui en concertation dans l’ensemble des territoires », ajoutait Xavier Piechaczyk au moment de son intervention.

Mais, au delà de la production électrique (y compris la relance du nucléaire actée dans la PPE 3), les investissements annoncés ciblent aussi la consommation, y compris pour anticiper une demande électrique qui devrait être croissante.

Des pôles industriels comme Dunkerque concentrent déjà des projets lourds : le site d’ArcelorMittal y porte des projets de décarbonation de l’acier, Aluminium Dunkerque reste l’un des plus importants sites électro-intensifs d’Europe avec, dans la même zone, également plusieurs projets à différents stades d’instruction de gigafactories de batteries. A l’échelle nationale, les plus gros consommateurs demeurent les acteurs de l’industrie lourde (sidérurgie, aluminium, chimie, gaz industriels) comme Air Liquide ou TotalEnergies.

L’électrification accrue de ces procédés pourrait accroître significativement la demande, sur des points de retrait très ciblés. Mais les volumes exacts dépendront des arbitrages technologiques et économiques encore en cours. Les data center par exemple, constituent de manière croissante un facteur de tension locale : leur consommation représente aujourd’hui environ 10 TWh anuuels (soit entre 2 et 3 % de la demande nationale) mais les projections à 2030-2035 évoquent un possible doublement voire triplement de ces infrastructures.

D’autres enjeux sont sur la table, comme le développement des interconnexions, le renforcement des postes électriques et l’extension des réseaux, notamment de distribution, dans certaines zones en forte croissance. Mais l’un dans l’autre, le budget pour les réseaux électriques s’inscrit aussi dans une démarche d’investissement car leurs travaux de développement représente une opportunité pour les investisseurs privés avec des projets aux risques réglementaires réduits et un appui politique important.

Le président de la République avait d’ailleurs résumé l’enjeu d’attractivité par un « plug, baby, plug », dans un contexte d’annonces d’investissements d’acteurs internationaux comme Microsoft ou Amazon. Ces projets relèvent de la politique industrielle et numérique et ne sont pas directement liés au développement des énergies renouvelables. Ils pèsent en revanche sur la planification des réseaux.

Une facture agrégée

Le financement des réseaux repose principalement sur le TURPE (Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité), un tarif payé par l’ensemble des consommateurs via leur facture d’électricité et qui constitue la ressource régulée de RTE et d’Enedis. Il couvre l’exploitation, la maintenance et les investissements et repose sur un mécanisme d’amortissement sur le long terme validé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

France Renouvelables rappelait déjà en avril 2025 que ce ne sont pas les contribuables qui sont directement engagés dans les investissements annoncés : en dehors des financements émanant des gestionnaires de réseaux (via des fonds propres et de la dette), “une autre partie est financée directement par les producteurs et les consommateurs lors de leur raccordement au réseau, à travers les facturations de raccordement, la mutualisation des coûts liés aux EnR, ainsi que les contributions des grands consommateurs.”

Les montants d’investissement ne sont donc pas directement rattachés au budget général de l’État, sauf dispositifs spécifiques. En revanche, les renforcements plus structurants ou mutualisés peuvent être socialisés dans le tarif réseau. Le partage exact dépend de la nature de l’ouvrage (raccordement individuel vs renforcement du réseau existant) et du niveau de tension concerné. La question porte donc aussi sur la manière dont la facture sera répartie entre producteurs, grands industriels et consommateurs finaux.

Au fond, le chiffre de 200 milliards ne dit pas seulement combien coûteront les réseaux : il ne s’agit pas uniquement d’un débat budgétaire. Le développement des réseaux électriques portera surtout sur la cohérence entre politiques industriels, ambitions écologiques et énergétiques, aménagement territorial et capacité effective des réseaux à s’adapter.

Une stratégie de développement de la flexibilité est déjà amorcée, avec, notamment l’intégration de système de stockage à petite et grande échelle et la contribution des EnR pour moduler les tensions. Mais une vision stratégique à long terme est nécessaire à la mise en place d’une politique énergétique viable, fiable et solide.

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