Le long chemin vers les PPA en France et en Allemagne

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Selon le président de BayWa Benedikt Ortmann, pour décarboniser l’Allemagne, il faudrait déployer 20 GW de nouvelle capacité chaque année entre 2020 et 2040. En traduisant cette capacité en termes de surface, il faudrait installer 350 km2 de centrales au sol. Peut-on trouver suffisamment de terrains permettant d’accueillir cette superficie de panneaux ? Par ailleurs, à l’heure où les premiers contrats de centrales avec tarifs d’achat expirent, quel(s) modèle(s) économique(s) permettrai(en)t de développer les centrales en garantissant leur viabilité ? Maintenant que les prix du photovoltaïque ont drastiquement baissés, voici des défis qu’il faut relever en France et en Allemagne.

Devant une salle pleine, témoignant de l’intérêt de visiteurs d’Intersolar pour la thématique franco-allemande, cette conférence s’est déroulée en trois parties : dans un premier temps, il s’est agi d’expliciter les réglementations en vigueur dans chacun des pays lors de la construction de centrales photovoltaïques au sol. Dans un deuxième temps, les différents modèles d’affaires du futur ont été présentés, et enfin une table ronde a donné la parole aux acteurs du privé et du public Carla Vollmer (Agence fédérale allemande de l’environnement), Benoît Roux (BayWa r.e. France), Jörg Ebel (IBC SOLAR et membre du conseil d’administration de BSW), Christophe Thomas (Engie Green) et Damien Ricordeau (Finergreen).

Des modèles d’avenir…

Comme l’ont montré l’avocat allemand M. Grabau du cabinet LPA Munich et l’avocate française Nelsie Bergès du cabinet BCTG Avocat, les démarches et les conditions à satisfaire lorsqu’on souhaite développer un projet solaire de grande envergure sont nombreuses et contraignantes, et sont différentes d’un pays à l’autre. La présentation synthétique de ces démarches est disponible sur le site de l’OFATE. Il s’agirait de simplifier ces procédures et de faire évoluer les règles d’urbanisme pour atteindre les objectifs d’installation souhaités et par là même atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Dans son exposé sur les différents modèles d’affaires (tarifs d’achat (FIT), certificats verts, PPA, merchant), Damien Ricordeau, président du cabinet de conseil en finance Finergreen, a clairement indiqué que l’Allemagne et la France sont encore peu adeptes des deux modèles qui semblent être ceux du futur : les PPA, qui explosent depuis 2013, en particulier dans le nord de l’Europe, et le modèle merchant. Ces modèles, que l’on peut combiner dans la durée et/ou sur le plan des volumes, sont particulièrement intéressants si le prix du MWh est peu cher, comme c´est le cas au Mexique. Mais, d’après M. Ricordeau, jusqu’en 2022/2024, il n’y a que peu de raisons de développer des centrales en PPA et en merchant en France et en Allemagne car les tarifs d’achat créent une situation financière plus attractive.

Cependant, ces PPA sont intéressants dans le cas de projets non éligibles aux appels d’offres. Par ailleurs, selon Christophe Thomas d’Engie Green, ce modèle devrait inexorablement se développer car les entreprises des USA et du Sud vont vouloir mettre en place des PPA internationaux.

BayWa a prouvé qu’il était possible de renoncer aux tarifs d’achat en construisant la centrale Don Rodrigo de 175 MW en Andalousie dans le cadre d’un PPA de 15 ans. La taille est le facteur principal qui a permis de réaliser ce projet. De même, la société a annoncé qu’elle installera 9 MW en Allemagne dans le cadre d’un second PPA. « Toute la question est le coût du kWh », déclare Benoît Roux. En Allemagne, ce projet a également été réalisable car il s’agissait de la 5e tranche d’un parc bénéficiant des tarifs d’achat. Les coûts de raccordement et du foncier sont alors naturellement réduits.

… aux difficultés de l’avenir

Le modèle PPA pose cependant problème lorsqu’il s’agit de contracter un crédit auprès d’une banque pour la construction d’une centrale, celle-ci préférant les contrats longs et fiables. Par ailleurs, que se passe-t-il si l’acheteur-consommateur fait faillite ?

Lors de la table ronde, la question de l’équilibre environnemental a été abordée : il faut bien entendu faire une étude d’impact du photovoltaïque sur la nature, mais la construction de centrales peut amener à un conflit entre la lutte pour le climat et la lutte pour la biodiversité. Comment concilier les deux ? Alors que les développeurs de centrales font appel à leur créativité (par exemple en permettant que le passage des animaux soit possible malgré une clôture autour de la centrale), le gouvernement (allemand) est plutôt réticent, ou lent pour ajuster sa réglementation.

Pour l’association BSW cependant, en Allemagne, outre les difficultés administratives, le plus gros problème est de faire accepter le projet aux citoyens, qui, s’ils approuvent l’expansion des filières renouvelables sur le principe, ne sont pas enthousiastes à l’idée de devenir voisins d’une centrale photovoltaïque. L’acceptabilité citoyenne est donc également un frein… frein, rencontré moins souvent en France, mais il ne faut pas oublier que la filière n’est pas au même stade de développement – 9 GW sont installés en France contre 40 GW en Allemagne. Il est donc fort probable que cette difficulté apparaisse dans un futur peu lointain en France.

 

De gauche à droite : Carla Vollmer, directrice du secteur « énergies renouvelables » à l’Agence fédérale allemande de l’environnement (UBA) ; Benoît Roux, responsable énergie solaire chez BayWa r.e. France ; Jörg Ebel, vice-président Corporate Affairs chez IBC SOLAR et membre du conseil d’administration de BSW ; Antoine Chapon, directeur adjoint de l’OFATE ; Christophe Thomas, responsable des relations extérieures chez Engie Green, et Damien Ricordeau, managing director de Finergreen

Photo : OFATE

 

Correction (29.5.2019) : Le titre et l’introduction pouvaient prêter à confusion, c’est pourquoi nous l’avons changé.