Des raccordements solaires au ralenti

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Fin juin 2019, la capacité solaire installée en France continentale s’élevait à 8,9 GW, les projets étant principalement situés dans le Sud de la France — on note toutefois une augmentation de 12 % de la capacité installée en Normandie suite au raccordement de 18 MW au cours du 1er semestre 2019. Dans les départements et régions d’Outre-mer, 3 MW ont été installés pendant la même période, la capacité photovoltaïque atteignant 392 MW au total. Ainsi, au total le parc photovoltaïque français disposait d’une capacité de 9,3 GW fin juin 2019.

Sur le plan de la production, le parc photovoltaïque a produit 6 TWh d’énergie au cours de ce 1er semestre particulièrement bien ensoleillé (en particulier en février), c’est 23 % de plus par rapport à la même période de 2018 (4,8 TWh). « La production solaire représente 2,4 % de la consommation électrique française, part en hausse de 0,5 point par rapport à celle de l’année précédente sur la même période. » précise le rapport du gouvernement.

Parmi les 397 MW nouvellement installés au cours de 6 premiers mois de l’année – soit une baisse de 19 % par rapport à la même période en 2018 –, plus de la moitié (52 %) est issue d’installations de plus de 250 kW, et 11 % de centrales de moins de 9 kW. En termes de nombres, 1 % des nouvelles centrales raccordées ont une capacité supérieure à 250 kW, 87 % une capacité inférieure à 9 kW et 12 % une capacité comprise entre 9 kW et 250 kW.

À ce rythme, les objectifs fixés par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) seront-ils atteints ?

« La puissance des projets en file d’attente a progressé de 19 % depuis le début de l’année pour s’établir à 5,4 GW, dont 1,5 GW avec une convention de raccordement signée », précise le document… une petite note positive ?

David Callegari, le fondateur et directeur Général de la start-up In Sun We Trust, réagissait hier publiquement aux chiffres de raccordement d’installations photovoltaïques au cours du deuxième trimestre 2019 publiés par Enedis : « Les Français semblent se détourner à nouveau du photovoltaïque. Sur le segment des particuliers (puissance inférieure à 9 kilowatts-crête (kWc)), le recul est brutal : 4 355 installations seulement au 2ème trimestre 2019, contre 6 359 au 1er trimestre. C’est très exactement un tiers en moins (-33,4 %). » Il explique ce désamour d’une part par le nombre important d’arnaques signalées : près de 10 000 en 2018 d’après le Groupement des particuliers producteurs d’électricité photovoltaïque (GPPEP), d’autre part par la complexité des démarches : « le cadre règlementaire actuel est suffisamment favorable. Et ce d’autant plus qu’il s’inscrit dans une tendance de forte hausse des prix de l’électricité (+7,2 % en 2019), qui a mécaniquement amélioré la rentabilité de l’autoconsommation. Le problème, c’est que ce cadre est illisible, truffé d’effets de seuil absurdes et de subtilités inutiles. » précise-t-il.

Cependant, si les petites installations influencent le rythme de croissance de la capacité du parc photovoltaïque français, il faut également analyser le déploiement des projets lauréats aux appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) de 2016, dont les raccordements devraient être effectués à ce jour.

« Le rythme de développement de la filière solaire photovoltaïque stagne à un niveau insuffisant pour atteindre les objectifs de la PPE pour 2023 », précise le Syndicat des énergies renouvelables (SER-Soler). « Pour atteindre l’objectif médian de la PPE en vigueur pour 2023, il est nécessaire de raccorder environ 450 MW par trimestre » ajoute-t-il.

Dans un entretien avec pv magazine, le syndicat a notamment relevé deux facteurs expliquant la baisse du rythme des raccordements. D’une part, il observe que l’unité de mesure indiquée dans le PPE — les watts raccordés — ne coïncide pas avec celle des appels d’offres, à savoir les watts crête. Entre les deux unités, la différence de « perte » correspond à 20 % environ. Une uniformisation de l’unité permettrait de s’assurer que les puissances prévues aux appels d’offres correspondent aux capacités effectivement raccordées.

D’autre part, il rappelle que l’appel d’offres CRE 4 pour les centrales au sol n’exigeait pas le permis de construire lors de la procédure – une formalité causant des retards liés à des recours sur la procédure d’autorisation d’urbanisme et qui se traduit par un nombre moins élevé de projets raccordés lors du premier semestre 2019, par rapport au 1er semestre 2018, où une part importante de projets lauréats de l’appel d’offres CRE 3 d’une capacité de 1100 MWc) ont été raccordés.

Selon les estimations du SER, près d’1 GW de projets photovoltaïques devraient être raccordés avant la fin de l’année. L’accélération viendra à partir de 2020, où la puissance raccordée devrait se situer entre 1,5 GW et 1,7 GW, ou encore en 2021, où elle s’établira entre 2 GW et 2,4 GW.