Le point de vue de la Commission Solaire du SER : La difficile lutte contre… les idées reçues

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Tout d’abord, l’énergie solaire est inefficace car il n’y a pas de soleil la nuit. Imparable. Mais personne n’a dit que l’énergie solaire devait approvisionner la France en électricité à toute heure ! La diversification du mix électrique prévue pour 2035 dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte prévoit que le nucléaire représentera 50% de la production électrique et que le solaire fera partie d’un bouquet en énergies renouvelables aux côtés de l’énergie éolienne et l’hydroélectricité notamment. La variabilité du solaire sera donc largement compensée par d’autres sources d’approvisionnement en énergies renouvelables, en attendant le développement à plus grande échelle de solutions de stockage. Certains esprits chagrins nous diront alors qu’augmenter la part des renouvelables ne peut que conduire à augmenter notre bilan CO2 pour compenser leur variabilité par des énergies fossiles, en témoigne l’Allemagne, ce mauvais exemple. C’est oublier un peu vite que les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la production électrique allemande ont baissé de 20 % entre 2007 et 2017 (voir ici), en même temps que la croissance de leur parc d’énergies renouvelables solaire et éolienne, et qu’en 2019, les émissions de CO2 du secteur de la production d’électricité en Allemagne devraient encore diminuer de 16 % par rapport à 2018. Et la tendance est la même en France, comme l’a dit RTE en février dernier (voir ici), « le développement de l’éolien et du solaire ne s’est pas réalisé, au cours des années récentes, en substitution à l’énergie nucléaire. » Bref, il n’y a pas de réouverture de centrales à charbon pour compenser la variabilité des énergies renouvelables !

D’autant qu’en quelques années, le contenu carbone d’un panneau photovoltaïque a considérablement diminué, pour tous les fabricants du secteur, européens comme asiatiques. Si on considère la durée de vie d’un panneau photovoltaïque d’au moins 20 ans, une durée que de nombreux panneaux dépasseront très certainement (voir ici), et les résultats des bilans carbones des modules retenus aux appels d’offres, alors le contenu carbone d’un kWh photovoltaïque est de l’ordre de 42 gCO2éq/kWh, soit inférieur au contenu carbone pourtant déjà très peu carboné du mix électrique français qui oscille selon les années entre 50 et 80 gCO2éq/kWh — 68 gCO2éq/kWh en 2019. Donc même en France, l’énergie photovoltaïque participe à la lutte contre le changement climatique, phénomène qui au passage serait renforcé si la production de panneaux était localisée dans notre pays à l’électricité bas carbone… Et quoiqu’en disent les sceptiques, l’empreinte carbone est bien remboursée sur la durée de vie du panneau !

Autre idée à battre en brèche : les nouvelles technologies consomment des terres rares qui rendent la France dépendante économiquement, et pour des secteurs stratégiques, d’une poignée de pays. L’énergie solaire étant considérée comme une « nouvelle technologie », ce qui peut se discuter (voir ici), elle a forcément recours de manière importante à de polluantes et coûteuses terres rares. Là encore, il faut remettre les pendules à l’heure : l‘énergie photovoltaïque ne recourt pas aux terres rares ! L’Ademe a confirmé ce fait, au travers d’une étude publiée en novembre dernier (voir ici). Et coupons court à une autre idée pour éviter les malentendus : les ressources mondiales pour la production de silicium métal sont abondantes et suffisantes pour les besoins mondiaux « pour plusieurs décennies » selon l’Institut d’études géologiques des Etats-Unis (voir ici).

Un autre reproche fait au panneau photovoltaïque serait que, constitué de matériaux dangereux, il ne se recycle pas. Non seulement, environ 95 % d’un panneau « silicium » (95 % du marché) en fin de vie se recycle et se valorise, mais en plus, cela se fait en France, avec des emplois industriels à la clé (voir ici) ! Certes, en termes de valorisation, des progrès restent à accomplir pour que le verre récupéré, qui constitue près de 80 % du panneau, retrouve un usage aussi noble que celui du verre initial, mais le fait est qu’une fraction très réduite d’un panneau photovoltaïque ne peut effectivement trouver aucun débouché aux conditions économiques actuelles.

Enfin, dans les idées reçues à combattre, il nous reste encore à démontrer que les installations photovoltaïques au sol ne constituent pas une artificialisation et qu’elles peuvent contribuer à améliorer la biodiversité locale. Cette idée commence à émerger au détour d’articles comme celui-là, mais les centrales photovoltaïques au sol se voient encore systématiquement et injustement mises au ban des surfaces artificialisées… au même titre que les parkings !

Qu’on se le dise : l’énergie solaire puise sa source dans la lumière et nous avons la ferme intention de démonter l’obscurantisme en nous appuyant sur la communauté scientifique qui nous soutient.

Xavier DAVAL

Vice-président du SER et Président de la Commission Solaire du SER

The views and opinions expressed in this article are the author’s own, and do not necessarily reflect those held by pv magazine.