Les dirigeants européens prônent un plan de relance écologique pour l’économie post-Covid

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Les billions d’euros nécessaires pour remettre l’Union européenne (UE) sur pied après la crise du Covid-19 vont-ils reléguer aux oubliettes les mesures envisagées contre le changement climatique en Europe, les faisant passer pour un luxe coûteux, ou bien le Green Deal arrivera-t-il à fournira les emplois et la stimulation économique nécessaires pour redonner vie à l’Europe ?

Quelque 13 ministres d’États membres de l’UE chargés par leurs électeurs de lutter contre le changement climatique et de protéger l’environnement ont signé une lettre ouverte à la Commission européenne appelant à ce que le “Green Deal” européen annoncé au moment où la vague Covid-19 déferlait à l’Ouest soit la pierre angulaire de la réponse budgétaire à la crise sanitaire.

Aujourd’hui, 79 députés européens, les directeurs généraux de 37 sociétés européennes et des représentants de l’industrie et d’ONG ont émis leurs propres demandes pour une “Relance verte” (Green recovery).

« Si nous relançons l’économie dans la mauvaise direction, nous nous heurterons au mur de la crise climatique », a déclaré Pascal Canfin, député européen français et président de la commission de l’environnement du Parlement européen. « Nous devons unir toutes les énergies pour une relance verte. »

Appel

La dernière lettre ouverte, à l’initiative de Pascal Canfin, appelle à « une alliance mondiale de décideurs politiques, de chefs d’entreprise et de dirigeants financiers, de syndicats, d’ONG, de groupes de réflexion et de parties prenantes à soutenir et à mettre en œuvre la mise en place de paquets d’investissement pour la relance verte et la biodiversité, qui serviront d’accélérateurs de la transition vers la neutralité climatique et des écosystèmes sains. Nous nous engageons à travailler ensemble, à partager nos connaissances, à échanger notre expertise et à créer des synergies pour mettre en place les décisions d’investissements dont nous avons besoin. »

Si la réunion sur le changement climatique COP26 prévue en novembre en Écosse a été reportée, les 13 ministres de l’environnement qui se sont joints à l’effort de lobbying en faveur du Green deal ont déclaré que l’ambition de relever cette année l’objectif de réduction des émissions de carbone de l’UE pour 2030 devrait être maintenue.

« Nous devons résister aux tentations de solutions à court terme en réponse à la crise actuelle qui risquent d’enfermer l’UE dans une économie de combustibles fossiles pour les décennies à venir”, déclarent les ministres. « Dans ce contexte, nous sommes heureux que la Commission soit en passe de présenter, d’ici septembre 2020, un plan soumis à une évaluation d’impact visant à relever les ambitions de l’UE pour 2030 et à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50 à 55 % par rapport aux niveaux de 1990. »

Division

Les ministres ont ajouté leur voix à l’appel pour étoffer le cadre du Plan d’investissement européen du Green Deal et en diriger la mise en œuvre.

Les conflits qui pourraient entraver la mise en place d’un tel plan de relance pourrait ressembler à celui qui a précédé la décision prise jeudi de mettre en œuvre un premier soutien face au Covid-19 à hauteur 540 milliards d’euros. Tandis que l’Allemagne, fiscalement conservatrice, s’accordait avec les États membres de l’UE pour l’émission de “coronabonds” afin de réduire le coût du capital, les Pays-Bas ont déclaré que les 540 milliards d’euros ne devraient être dépensés que pour les pertes directement liées au coronavirus et devraient être assortis de conditions fiscales. Ces prises de position ont provoqué un tollé en France, en Italie et en Espagne et ont fait en sorte qu’un deuxième cycle de négociations soit nécessaire avant que la première tranche de financement ne soit débloquée – sans aucun coronabond.

Et il s’agissait là d’un financement relativement simple, sans aucune condition environnementale.