Physique, virtuel ou virtuel cross border : zoom sur les différents types de PPA

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Les contrats d’achat d’électricité (Power Purchase Agreement, PPA) intéressent de plus en plus les grandes entreprises et les acteurs industriels qui cherchent à sécuriser leur approvisionnement énergétique à long terme auprès de producteurs d’énergie renouvelable. Cette solution leur permet d’éviter les fluctuations du marché tout en ayant une vision claire de leurs coûts énergétiques. Elle contribue aussi à leurs objectifs de réduction des émissions de carbone.

L’intérêt croissant pour ces contrats se manifeste par l’adoption de structures plus complexes que les PPA physiques traditionnels, telles que les PPA virtuels (ou financiers) et les PPA virtuels cross border. Toutefois, pour les acheteurs moins familiarisés avec le marché des énergies renouvelables, il peut être difficile de comprendre les nuances de chaque type de PPA et leurs implications. Cela soulève la nécessité de revisiter les caractéristiques des PPA physiques, virtuels et virtuels cross border, et d’engager une discussion sur les défis actuels et futurs associés à ces modèles.

1. Qu’est-ce qu’un PPA physique ?

Un PPA physique est un contrat à long terme entre un producteur d’électricité vendant de l’énergie renouvelable et un acheteur « corporate ». Dans ce type de PPA, l’électricité est livrée physiquement de la centrale d’énergie renouvelable au point de consommation, en passant par le réseau. Le consommateur d’énergie (l’entreprise) paie alors au producteur le prix convenu dans le cadre du PPA pour le volume livré.

En plus de l’électricité, les garanties d’origine (Guarantees of Origin – GoOs – en anglais), sont généralement incluses dans le PPA et transférées à l’acheteur en conséquence.

Dans les faits, le PPA permet à un développeur de disposer d’une source de financement garantie et à long terme pour un projet d’énergie renouvelable, tout en réduisant la volatilité des coûts à laquelle les acheteurs sont confrontés lorsqu’ils se procurent de l’énergie pour leurs activités quotidiennes.

Caractéristiques et objectifs des PPA physiques

Pour l’acheteur : 

  • Sécuriser des volumes d’électricité propre grâce à des contrats flexibles et personnalisés pour une partie de leur consommation ;
  • Atteindre des objectifs de décarbonation ;
  • Coût fixe avec une visibilité à long terme : les PPA permettent aux acheteurs de se prémunir contre la volatilité potentielle des marchés de l’énergie.

Pour le développeur : 

  • Sécuriser les revenus et les marges ;
  • Financer de nouveaux projets ;
  • Diversification des options de ventes (alternatives aux schémas historiques de type tarif subventionné par l’état).

Facteurs à prendre en compte : 

  • Les développeurs et les acheteurs doivent être connectés au même réseau (national) afin de permettre le transfert physique de l’électricité depuis les centrales vers les installations des acheteurs ;
  • L’acheteur doit prendre en charge certains aspects physiques, tels que l’intégration des volumes (intermittents) du PPA dans sa consommation globale.

2. Qu’est-ce qu’un PPA virtuel ?

Un contrat d’achat d’électricité virtuel (ou PPA financier) est un arrangement financier dans lequel un acheteur et un producteur d’énergie renouvelable concluent un accord d’échange (swap) pour l’électricité. Contrairement aux PPA physiques, aucun transfert d’électricité n’a lieu entre la centrale électrique et le point de consommation. En lieu et place, le producteur et le consommateur achètent et vendent leur électricité sur le même marché spot.

Par la suite, les parties prenantes (acheteur et vendeur) procèdent à un ajustement financier basé sur le type de règlement choisi (mensuel, annuel, etc.) de manière à ce que les deux reçoivent ou paient le prix du PPA convenu à l’avance. En d’autres termes :

Si le prix du marché est supérieur au prix du PPA, le vendeur devra payer la différence de prix à l’acheteur.

Si le prix du marché est inférieur au prix du PPA, l’acheteur devra payer la différence de prix au vendeur.

Les garanties d’origine sont généralement incluses dans ce type de contrat et transférées du producteur au consommateur.

Les PPA virtuels ont des implications importantes pour la comptabilité des acheteurs, car ce type de contrat doit être traité comme un dérivé financier tel qu’un CFD (contrat pour différence), et peut donc créer une certaine volatilité.

Lorsque l’acheteur et le vendeur d’un PPA virtuel opèrent dans le même pays, la solution d’un PPA virtuel se justifie d’un point de vue couverture du risque de prix, sachant que l’indice du prix variable est identique, que ce soit pour l’acheteur ou le vendeur (exemple : EPEX SPOT FRANCE).

Caractéristiques et objectifs des PPA virtuels

  • Rapidité de mise en place et d’exécution : l’absence de transmission physique de l’énergie entre les parties prenantes signifie que les acheteurs et les développeurs d’énergie renouvelable n’ont pas besoin de couvrir les sujets de livraison physique entre eux. Pour l’acheteur par exemple, cette solution lui permet de garder son contrat de fourniture intact, sans aborder les sujets d’agrégation d’un actif renouvelable, ou d’intégration d’un profil intermittent dans son programme de fourniture global.
  • Contrats simplifiés, qui incluent des standards de type ISDA et se réfèrent uniquement aux termes commerciaux du PPA, garanties, et règles de transfert financier (pas d’impact sur les sujets de livraison physique)
  • Facilité (n’implique pas de toucher aux aspects physiques du contrat) : avec un PPA virtuel, les acheteurs ne changent pas de fournisseurs d’électricité. Cela veut dire que des entreprises qui consomment de l’électricité physique dans des installations géographiquement dispersées peuvent néanmoins revendiquer leur consommation d’énergie verte grâce un seul contrat lié et à un seul projet d’énergie renouvelable.
  • Décarbonation : grâce au transfert de garanties d’origine (GoOs), les entreprises sont en mesure à ce jour de justifier leur consommation en énergie propre et la réduction de leurs émissions de carbone. Cette solution permet aux acheteurs d’atteindre leurs objectifs en matière de développement durable et faciliter la décarbonation de leur bilan énergétique.

Facteurs à prendre en compte : 

  • Comptabilité : en Europe, les PPA virtuels font l’objet d’un traitement comptable selon les normes internationales d’information financière (IFRS) car ils sont considérés comme un dérivé financier. Les PPA virtuels sont intimement liés aux marchés de l’électricité et ils sont considérés comme des accords dérivés. Les entreprises engagées dans ces contrats doivent donc enregistrer trimestriellement les prix du marché de l’électricité et les règlements correspondants liés au contrat initial ;
  • Additionnalité : en fonction des normes (internes) propres à chaque acheteur, et du degré d’exigence par rapport au sourcing d’énergie verte, le PPA financier peut être « déclassifié » par certains acteurs de la filière ayant un degré d’exigence avancé sur ces sujets car ils ne répondraient pas à certaines attentes (identification d’un actif spécifique renouvelable, label EcoEnergy…).

3. Qu’est-ce qu’un PPA virtuel cross border?

Un PPA virtuel cross border est identique à un PPA virtuel, à la différence que les deux parties se trouvent sur des marchés différents (par exemple, le vendeur produit de l’énergie via une centrale solaire en Espagne tandis que l’acheteur est un industriel en France.) L’ajustement financier entre parties prenantes (acheteur et vendeur) est effectué par rapport au marché sur lequel l’énergie est produite (marché du vendeur).

Caractéristiques et objectifs des PPA virtuels cross border

  • Mêmes caractéristiques que pour les PPA virtuels, à la différence que le règlement financier entre le vendeur et l’acheteur est calculé par rapport au marché sur lequel l’énergie est produite.

Facteurs à prendre en compte : 

  • Idem que pour les PPA virtuels = comptabilité et additionnalité ;
  • Cette structure plus complexe n’est pas sans risque (voir l’étude de cas ci-dessous), puisque les indices de prix variables des marchés de l’énergie de l’acheteur et du vendeur sont différents. C’est ce qu’on appelle le « basis risk ». (Exemple : SPOT ESP VS SPOT FRA).Dans ce cadre, il convient aux parties prenantes du PPA de s’assurer d’une bonne maîtrise, et d’une capacité de gestion de ce risque sur le long terme, afin de ne pas compromettre le fondement même du PPA, qui consiste à couvrir le risque de prix.En effet, quand bien même deux marchés seraient corrélés à un instant T, il est difficile de prévoir l’évolution future et le taux de corrélation entre deux marchés différents sur des horizons aussi longs que la durée des PPA.

4. Etude de cas pendant la crise énergétique de 2022

– Un producteur d’ENR en Espagne et un consommateur en France signent début 2021 un PPA virtuel cross border pour un prix fixe de 50 EUR/MWh (mesuré par rapport au marché espagnol).

– 22 août : le consommateur français paie le prix convenu de 50 EUR/MWh au vendeur espagnol, qui reverse 155 EUR/MWh au consommateur français. Les prix en France ayant atteint 493 EUR/MWh, la somme nette reçue par le consommateur (105 EUR/MWh) ne couvre pas les prix élevés auxquels l’entreprise est confrontée sur le marché français.

– La crise de l’énergie en 2022 est un exemple clair de la façon dont les entreprises peuvent ne pas être protégées contre les prix élevés dans le cadre des PPA virtuels cross border.

Tandis que le marché des PPA est en croissance continue, tout comme son niveau de maturation, il est donc probable que ces contrats continueront d’évoluer pour inclure des structures de plus en plus complexes comme que les PPA virtuels cross border. Cependant, il est important de noter que ce type de structure peut ne pas convenir pas à tous les profils, en particulier pour les acheteurs moins expérimentés sur les marchés de l’énergie. Malgré ces considérations, le PPA demeure une solution flexible et personnalisable qui offre un potentiel significatif tant pour les entreprises que pour les producteurs d’énergie renouvelable, tout en contribuant à un avenir plus durable.

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