A la publication du décret de Programmation pluriannuelle de l’énergie, avec trois ans de retard, les acteurs de la filière solaire en France ont d’abord ressenti un soulagement : après plusieurs mois d’incertitude, l’activité disposait enfin d’un cadre officiel. Mais ce sentiment a rapidement cédé la place à l’inquiétude. Les volumes d’installations prévus ont été revus à la baisse, avec une cible de 3,5 GW par an pour le solaire, fragilisant une filière déjà confrontée à un ralentissement marqué de son activité.
Les syndicats et Comité sociaux économiques de développeurs solaires alertent donc sur les conséquences directes pour l’emploi. Selon le syndicat SUD Énergie, la PPE plafonne le soutien public à environ 2,9 GW par an jusqu’en 2028, réparti entre appels d’offres pour le photovoltaïque au sol et sur bâtiments. « Ce rythme est largement inférieur à ce que la filière peut et devrait réaliser pour contribuer efficacement aux objectifs climatiques », soulignent les représentants. De plus, environ 10 GW de projets disposent déjà d’une convention de raccordement. La révision de la trajectoire risque-t-elle de créer un effet d’embouteillage, fragilisant l’activité et l’emploi ?
Les défaillances d’entreprises se multiplient
Car cette fragilité se traduit déjà par une multiplication des annonces de plans sociaux et de réductions d’effectifs. Certaines entreprises historiques du marché français se retirent progressivement, et plusieurs start-ups connaissent des difficultés financières. Parmi les cas récents, OKwind, spécialisée dans les trackers solaires, a annoncé une réorganisation et la fermeture de plusieurs agences.
De son côté, le développeur Boralex France a également engagé un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). « Notre priorité demeure la sauvegarde du maximum d’emplois et la solidité de notre implantation territoriale, a confirmé un porte-parole de l’entreprise auprès de pv magazine France. Nous échangeons avec l’ensemble des équipes dans un esprit de transparence et de responsabilité. Cette phase de discussion est essentielle pour évaluer toutes les options possibles et prendre les décisions les plus adaptées à la situation ».
Enfin, alors que Elements pourrait perdre un quart à un tiers de ses effectifs, la start-up nantaise Beem Energy, confrontée elle aussi au coup de frein du marché du solaire résidentiel, a été placée en procédure de sauvegarde fin novembre 2025. Le tribunal de commerce de Nantes lui a accordé un an pour redresser la barre.
À ces cas médiatisés s’ajoutent de très nombreuses fermetures plus discrètes, avec par exemple des petites entreprises qui ferment à l’occasion des départs à la retraite ou faute de successeurs, affectant l’ensemble du tissu industriel.
Pour les acteurs de la filière, la PPE met en évidence un décalage entre les ambitions politiques et la réalité industrielle. Les cycles de développement des projets solaires et éoliens s’étendent sur cinq à dix ans, alors que le plan triennal ne permet pas une visibilité suffisante. Les syndicats appellent à un rôle plus affirmé de l’État en matière de planification et de soutien aux entreprises, afin de sécuriser l’emploi et les compétences, tout en préservant la souveraineté énergétique de la France.
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