Xavier Daval (SER) : « La filière photovoltaïque fait face à une menace existentielle »

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pv magazine France : Comment interprétez-vous la décision du gouvernement de revoir en profondeur les tarifs S21 ?

Xavier Daval : Soit l’administration n’a pas pris la mesure des conséquences économiques du nouveau dispositif de pilotage du tarif S21 qu’elle propose aux représentants de la filière et ne cherche en toute bonne foi qu’à contrôler les volumes, soit l’intention non-avouée est de tuer un secteur gênant, car trop orthogonal à la pensée idéologique dominante de l’énergie française.

Xavier Daval, président de SER-SOLER.

Image : SER-SOLER

La filière photovoltaïque fait face à une menace existentielle. Le gouvernement, sous couvert d’un ajustement tarifaire, met en place un mécanisme de dégressivité qui entraînera un coup d’arrêt brutal au segment S21 des toitures des territoires, pourtant le plus dynamique et structurant pour une renaissance industrielle nationale. Une décision qui, au-delà de sa brutalité, semble aller à l’encontre même des objectifs affichés de soutien à l’industrie et de souveraineté énergétique.

Quelles en seront les conséquences pour la filière ?

Le mécanisme proposé est conçu pour organiser l’effondrement. Il repose sur une dégressivité automatique des tarifs en fonction du volume déposé, sans garde-fou et avec une inertie administrative délirante. Concrètement, nous avons une dégringolade immédiate des prix d’achat : dès le premier trimestre 2024, le tarif tombe à 95€/MWh, un seuil déjà économiquement intenable.

Cela va créer un effet de panique : les acteurs de la filière, pour sauver leurs projets, vont massivement déposer. Résultat : la dégressivité s’emballe, et dès le 1er mai, nous nous retrouvons à 83€/MWh. À ce prix, tous les projets s’arrêteront car il n’y a plus aucune viabilité économique. Les entreprises qui s’étaient structurées pour répondre à la demande n’ont plus rien à vendre.

Il s’agit donc d’un moratoire déguisé : le mécanisme imposé mettra trois trimestres pour revenir à un tarif viable. Autrement dit, 2025 n’aura qu’un seul trimestre actif. Aucune entreprise ne peut survivre à neuf mois consécutifs sans marché.
Or, je rappelle que les conséquences sociales et industrielles seront catastrophiques : 20 000 à 30 000 suppressions d’emplois à court terme ; des milliers de dépôts de bilan chez les PME et sous-traitants spécialisés. Et un coup fatal aux agriculteurs, premiers bénéficiaires de ce modèle pour soutenir leur activité ou diversifier leurs revenus.

On nous parle de réduction des coûts pour le soutien public. Mais à quel prix ? Des faillites en cascade qui coûteront des centaines de millions en chômage partiel et en pertes fiscales ? Un retard structurel qui fera de la France un simple importateur, dépendant des marchés étrangers pour ses équipements ?

Le gouvernement veut dans le même temps soutenir et encourager la filière de production de panneaux photovoltaïques. N’est-ce pas en contradiction avec ce moratoire sur le S21 ?

C’est un contresens industriel et stratégique total. La France a su attirer trois projets de gigafactories grâce à la promesse d’un marché domestique stable. Or, le segment S21 est le seul véritable levier structurant pour garantir un carnet de commandes récurrent et localisé. En le détruisant, c’est toute la bancabilité du marché qui s’effondre : les investisseurs ne financeront pas des usines sans débouché stable.

L’intention initiale du gouvernement était de soutenir l’industrie. Mais en sacrifiant le marché qui apporte la plus grande visibilité aux fabricants, on compromet les investissements industriels eux-mêmes. C’est une incohérence absolue. Un segment plébiscité de tous bords Le segment des toitures est celui qui recueille le consensus le plus large, tous bords politiques confondus. Il constitue une solution équilibrée entre transition énergétique et aménagement du territoire, en valorisant des surfaces déjà anthropisées et en répondant à la demande locale en énergie.

Est-il encore temps de réagir ?

C’est une décision irresponsable qui doit être stoppée. Je m’adresse directement à Monsieur le Ministre : cette trajectoire n’est pas une régulation, c’est une exécution. Le gouvernement ne peut pas prétendre soutenir l’industrie solaire tout en organisant l’effondrement de son débouché commercial. Nous demandons donc une révision immédiate de ce mécanisme pour garantir un tarif soutenable et une régulation qui permette une transition fluide, et non une amputation. L’histoire nous jugera sur notre capacité à préserver un secteur clé de la transition énergétique et de la réindustrialisation de la France. Il est encore temps d’agir.

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