[Dossier agrivoltaïsme] L’autoconsommation collective au banc d’essai

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Encadré par la loi APER de mars 2023 et le décret du 8 avril 2024, l’agrivoltaïsme bénéficie aujourd’hui d’un cadre juridique qui facilite le développement de projets solaires mêlant production énergétique et production agricole dans les territoires.Sur un marché naissant, la grande majorité des projets agrivoltaïques en sont au stade expérimental. Comme, par exemple, à Champagné-Saint-Hilaire (Vienne), où le producteur d’énergies renouvelables Valeco a installé un démonstrateur agrivoltaïque de 380 kWc, mis en service l’été dernier. Situé sur une exploitation agricole familiale, il s’étend sur 4 300 mètres carrés et regroupe neuf rangées de panneaux solaires de 84 modules chacune, comme le précise Maxime Peuziat, responsable Développement chez Valeco.

« C’est un modèle qui change la donne »

Le projet pilote vise à étudier, sur une période de trois ans et en partenariat avec l’Institut de l’élevage et la chambre d’agriculture de la Vienne, l’impact de la présence de panneaux photovoltaïques sur l’élevage bovin. Si cette évaluation dans le temps est commune à tous les projets agrivoltaïques, la centrale de Champagné-Saint-Hilaire se distingue sur un point : le mode de valorisation de l’énergie produite, Valeco ayant choisi d’exploiter l’installation en autoconsommation collective.

« En rapprochant consommation et lieu de production, c’est un modèle qui change complètement la donne en matière d’acceptabilité des projets, les territoires pouvant tirer bénéfice d’un prix du kWh plus faible que celui de leur opérateur historique au moment où la centrale produit », estime Maxime Peuziat. Ouverte en mai dernier, l’opération d’autoconsommation collective (ACC) réunit, à ce jour, une vingtaine de participants, dont une dizaine de particuliers, les communes de Champagné-Saint-Hilaire – avec neuf point de livraison –, et de Payroux. En attendant son extension à d’autres périmètres, dans le cadre d’« AgroCi’nergies », projet agrivoltaïque de 105 MW en cours de développement à l’échelle intercommunale.

« Avec une quinzaine de point de livraison, seuls 10 % de la production du démonstrateur sont autoconsommés. Il y a encore de la marge ! », affirme Camille Charrière, référente ACC pour Valeco. Le tarif d’électricité proposé aux membres de la communauté énergétique est de 0,16 € TTC/kWh, soit 20 % moins cher que le tarif réglementé de vente actuel. Exonération d’accise comprise.  « Vu les volumes autoconsommés sur notre boucle, ça représente très peu, une centaine d’euros sur les factures du premier semestre », relativise Adrien Caritg, directeur du Développement territorial du groupe Valeco.

« Rester pragmatique sur les résultats »

L’opération est-elle rentable pour autant, sachant qu’il faudrait une centaine de consommateurs, à terme, pour couvrir 100  % de la production de la centrale solaire, estimée à 450 MWh par an ? « Cette expérimentation n’a pas vocation à rapporter de l’argent. On ne l’a pas construite pour tirer un bénéfice immédiat. L’autoconsommation, ce n’est que du “plus” », répond Adrien Caritg.

Développer des services énergétiques à la ferme

En France, seules 15 % des exploitations agricoles se trouvent à proximité d’un poste de raccordement. « Pour les 85 % restants, il existe un modèle économique intéressant : celui de l’autoconsommation avec des centrales d’un à deux hectares », assure Christian Dupraz, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE). Près de Montpellier, un agriculteur a par exemple installé une centrale agrivoltaïque en autoconsommation. Il a troqué son tracteur au fioul pour un tracteur électrique, dont il recharge les batteries grâce à l’électricité produite sur son exploitation. « Beaucoup d’autres idées d’électrification sont possibles : on pourrait, par exemple, produire sur place de l’engrais azoté pour remplacer les ammonitrates issus du pétrole, poursuit Christian Dupraz. Les agriculteurs pourraient aussi développer des services locaux, comme des bornes de recharge accessibles aux voisins ». GD

Dans cet esprit, TSE vient de lancer sa première boucle d’autoconsommation collective, à Souleuvre-en-Bocage  (14), en s’appuyant sur une canopée agrivoltaïque de 2,9 MWc installée sur l’exploitation de Daphné Huet et Yoann Bizet. Personne morale organisatrice de l’opération, Sunflow a déjà convaincu plusieurs entreprises locales d’y participer : le zoo de Jurques, la Banque populaire, Mc Donald’s et la Caisse d’Épargne Normandie, qui, en plus de participer au financement de l’installation, a raccordé son agence de Villers-Bocage à la boucle énergétique. Plus par conviction que par goût du profit, reconnaît Geoffroy d’Anselme, membre du directoire de la Caisse d’Épargne Normandie en charge du Pôle Ressources.

« À travers cette opération, l’idée n’est pas de réaliser des économies, mais d’avoir de l’électricité à un même niveau de prix, en sachant qu’elle est produite localement. Ces sont les vertus de l’ACC qui nous intéressent. Sans en faire pour autant l’alpha et l’oméga. L’important, c’est de pouvoir le tester le modèle, dans une démarche dynamique, mais en restant pragmatique sur les résultats », explique le banquier.

« Pouvoir proposer un prix du kWh attractif »

La réalité, c’est que les projets agrivoltaïques en autoconsommation collective sont majoritairement réalisés en milieu rural, dans des zones à faible densité de population, avec des participants, aux profils de consommation souvent similaires, éparpillés à des kilomètres à la ronde … C’est le cas à Saint-Goazec (Finistère), où la Chambre d’agriculture a initié un projet pilote d’un MWc avec le groupe IEL dans sa ferme laitière expérimentale de Trévarez, afin de créer un référentiel breton sur l’agrivoltaïsme.

Le système de production solaire reposera sur des traqueurs monopieux, une technologie déjà éprouvée par IEL sur son site de Surdon (Orne) depuis 2018. « Sa mise en service est prévue pour 2026 », affirme Mathieu Audic, chargé de projet chez IEL, sans douter de la viabilité économique du projet : « L’ACC est une nouvelle solution intéressante pour valoriser l’électricité. Elle offre un cadre réglementaire moins contraignant que par le passé, un large périmètre d’intervention et des puissances conséquentes (ndlr  : jusqu’à 5  MWc). Économiquement, le plus important, c’est de pouvoir proposer, à partir d’un travail d’études et d’analyses, un prix du kWh attractif à tous les consommateurs susceptibles de participer à l’opération ».

L’ACC comme moyen de rentabiliser un projet ? Tout le monde y croit. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le producteur Énergies de Loire a choisi, dès l’an dernier, d’intégrer dans son offre une solution d’autoconsommation collective en direction de ses clients agriculteurs.

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