[Dossier agrivoltaïsme] En Italie, l’agrivoltaïsme est une priorité stratégique

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Les pays européens adoptent des cadres variés pour le développement de l’agrivoltaïsme. Tandis que la France et l’Allemagne ont opté pour l’intégration des projets agrivoltaïques dans les appels d’offres solaires classiques, l’Italie a choisi une voie distincte. Le pays a mis en place un programme d’incitations spécifique pour les projets agrivoltaïques « avancés », adoptant des « solutions intégrées innovantes ». Confronté à des problèmes d’accès au foncier dus à son relief montagneux, il considère que cette technologie mérite un traitement particulier et des investissements importantes.

Le budget alloué est à la hauteur de cette ambition  : l’appel d’offres agrivoltaïque  2025 du ministère de l’Environnement et de la Sécurité énergétique  (MASE) a mobilisé 1,7  milliard d’euros, financés par les fonds européens du Plan national de relance et de résilience (PNRR), approuvé en 2021 pour relancer l’économie après la pandémie de Covid-19. Les centrales retenues bénéficient d’une subvention pouvant atteindre 40 % des coûts éligibles, associée à un tarif d’achat garanti pour l’électricité injectée. Il s’agit, en substance, du programme de soutien à l’agrivoltaïsme le plus ambitieux jamais mis en œuvre à l’échelle mondiale.

Une approche expérimentale

Lors du premier appel d’offres, presque 2 GW de capacité photovoltaïque ont été attribués à 747 projets : 384 projets de moins de 1 MW (soit 253 MW) et 363 de plus de 1 MW (soit 1,76 GW). Le budget alloué se montait à environ 1,1 milliard d’euros, laissant près de 600  millions d’euros disponibles pour de futures enchères. Pour Marco Balzano, coordinateur du groupe de travail agrivoltaïque de l’association Italia Solare, la décision de créer une catégorie spécifique est cohérente. Il rappelle que le niveau des incitations était suffisant pour garantir la viabilité économique des projets, qui nécessitent l’intégration de systèmes de surveillance avancés et de capteurs, sans pour autant dépasser les ressources publiques allouées.

Les centrales retenues à l’appel d’offres bénéficient d’une subvention pouvant atteindre 40 % des coûts
éligibles, associée à un tarif d’achat garanti pour l’électricité injectée.

Image : Italia Solare

Italia Solare s’est aussi dit agréablement surprise par le nombre élevé de participants, notamment dans la catégorie des systèmes de moins de 1 MW. « Cela démontre que l’intérêt pour l’agrivoltaïsme est réel et qu’il est promis à une croissance rapide s’il bénéficie d’instruments clairs et stables », souligne Marco Balzano. Ce dernier met toutefois en garde contre la dérive sur les coûts, qui peuvent fortement varier d’une technologie agrivoltaïque à l’autre.

Difficultés de mise en œuvre

Derrière ces points de satisfaction, les résultats font toutefois apparaître les premières critiques : le calendrier étant très serré, il pose des problèmes en termes d’approvisionnement en composants et de disponibilité des EPC qualifiées… Le plus grand projet retenu, de 225 MW dans la province de Catane en Sicile, a ainsi été retiré par son promoteur, la société danoise European Energy. Comme l’explique Alessandro Migliorini, directeur Italie de l’entreprise, « compte tenu de l’échéance de fin juin 2026 imposée à tous les projets financés par les fonds PNRR, nous avons préféré inclure ce projet dans le nouveau programme d’incitation FER X, qui soutient également l’agrivoltaïsme « non innovant » et impose des délais moins contraignants ».

Selon lui, son entreprise ne devrait pas être la seule à faire le même calcul : « l’appel d’offres agrivoltaïque était globalement bien structuré, relate-t-il. Mais les problèmes de faisabilité étaient principalement liés au calendrier, à l’approvisionnement de certains composants, à la disponibilité d’EPC qualifiées. S’y ajoutent les travaux de compensation environnementale, particulièrement complexes pour ce type de projets, et les autorisations secondaires, dont l’obtention n’est pas toujours rapide ».

Concernant le prix, le premier appel s’est conclu avec des tarifs compris entre 55 euros du MWh et 80 €/MWh, le plafond fixé à 90 €/MWh. « Ces tarifs, associés à une contribution en capital de 40 %, constituent une excellente base, malgré des Capex supérieures d’environ 15 % et des Opex plus élevés que pour les projets conventionnels au sol, assure Alessandro Migliorini. Même avec un apport en capital de 20 %, les projetsauraient probablement été finançables. Cependant, le tarif accordé n’est pas protégé contre les prix négatifs ou les limitations de production, ce qui accroît l’incertitude pour les opérateurs ».

Ombres et lumières

Marco Balzano, de Italia Solare, préfère voir le verre à moitié plein. Il estime que le cadre agrivoltaïque en Italie a déjà permis de créer des exemples potentiellement vertueux, comme dans les Pouilles, où il peut soutenir la replantation d’oliveraies touchées par la xylella ou ouvrir de nouveaux modèles d’agriculture biologique et de précision, grâce à l’équipement et aux technologies de surveillance avancées. « À l’avenir, les incitations permettent l’expérimentation et la diffusion technologique. Mais à moyen terme, ce sont la baisse naturelle des coûts, l’innovation industrielle et la reproductibilité des modèles performants qui garantiront la viabilité économique de l’agrivoltaïsme, même sans subventions », prédit-il.

Autre point essentiel : la hauteur et la configuration des structures doivent découler du projet agronomique et non être imposées a priori, pour que le système soit véritablement intégré à la production agricole, sans investissements excessifs. Reste que ce programme devrait très probablement s’en tenir à une initiative isolée, même en Italie, compte tenu du caractère ponctuel des fonds du plan de relance post-pandémie, qui ont permis son financement.

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