Électrification de l’industrie : la marche silencieuse du solaire et du stockage

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Le 10 avril 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dévoilé à Matignon un plan d’électrification doté de 10 milliards d’euros de soutien public d’ici 2030. L’ambition est de transformer la consommation d’énergie en basculant du gaz et du pétrole vers une électricité produite sur le territoire national.

Pourtant, en scrutant le détail des mesures techniques pour l’industrie, on constate que le photovoltaïque (et plus largement les énergies renouvelables) n’est pas nommé comme un levier direct du plan. Cette omission révèle une stratégie pensée comme catalyseur de marché plutôt que comme régulateur technologique. En engageant les usines à électrifier leurs procédés (fours, chaleur, logistique), le gouvernement crée une demande massive d’électricité décarbonée.

Pour l’industrie, si le nucléaire est appelé à devenir la base de consommation électrique, comme c’est d’ailleurs déjà le cas, le solaire et le stockages ne deviennent plus des options “vertes”, mais des nécessités opérationnelles pour sécuriser l’approvisionnement et maîtriser les coûts. L’opportunité pour le photovoltaïque, se joue donc en dehors des textes officiels, entre obligations réglementaires, modèles économiques rentables et nouveaux besoins de stockage.

Le cadre réglementaire et le levier stockage

Bien que le plan Lecornu ne prescrive pas explicitement le solaire, il s’inscrit dans un cadre réglementaire qui le rend quasi obligatoire pour les nouvelles installations industrielles. La réglementation française évolue en effet rapidement : le décret n° 2026-76 du 12 février 2026, relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie, renforce les obligations d’installation de systèmes photovoltaïques pour les bâtiments neufs et les grandes surfaces de toiture existantes. Désormais, les bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² et les entrepôts logistiques doivent intégrer des panneaux solaires lors de leur construction ou de leur rénovation lourde. Par ailleurs, les zones industrielles en cours d’extension sont tenues de présenter un plan de « solarisation » incluant l’analyse du potentiel solaire des toitures et des parkings.

Ces mesures transforment le solaire d’une simple option d’investissement en une contrainte de conformité impérative : ignorer ces obligations bloque les permis de construire et les autorisations d’exploitation.

Parallèlement, le rôle du stockage devient critique face à l’électrification des procédés industriels, qui fonctionnent souvent en continu (24h/24), entrant ainsi en conflit avec l’intermittence du solaire. Le plan d’électrification, en visant une production massive, rend le stockage indispensable pour lisser la production : afin d’alimenter une ligne en continu avec du solaire, l’usine doit stocker l’énergie produite en journée. Le plan incite implicitement au couplage « solaire + stockage » via des mécanismes de leasing et des aides ciblées. Les batteries stationnaires deviennent ainsi des actifs stratégiques, assurant la sécurité d’approvisionnement lors des pics de consommation ou des coupures réseau, tout en permettant de valoriser l’électricité solaire aux heures de pointe pour optimiser la rentabilité des installations.

Valoriser le surplus dans et hors réseau

Mais pour les industries en place et existantes, le remplacement des actifs énergétiques est un enjeu colossal. Globalement, pour remplacer les énergies fossiles, le défi majeur reste la chaleur industrielle, principalement produite à partir de gaz. Les contrats d’achat d’électricité (PPA) ont suscité une dynamique lors de leur lancement il y a quelques années pour l’approvisionnement électrique des industries, mais les démarches volontaires sont aujourd’hui rares. En France, la priorité des industriels est avant tout leur compétitivité économique, ce qui explique la faiblesse actuelle des tendances.

Un autre enjeu crucial est le développement à très grande échelle des énergies renouvelables pour soutenir l’industrie, qui n’a pas encore été accompagné par une adaptation des réseaux. Le résultat : de nombreux effacements et la multiplication des prix négatifs en cas de surplus. « Il n’y a pas eu de prise en compte intégrée des réseaux », regrette Pierre Jérôme Desmarquest, co-fondateur de Storabelle, dans un échange avec pv magazine France.

Implantée dans la vallée de l’Énergie, près de Belfort, et réunissant d’anciens d’Alstom Power, notamment spécialisés dans la production d’électricité et les réseaux, Storabelle compte précisément valoriser ces surplus d’électricité renouvelable. Via une offre de « chaleur en tant que service » (heat-as-a-service), l’entreprise fournit aux industriels une chaleur décarbonée produite à partir d’électricité verte. Celle-ci est approvisionnée soit via des PPA, soit sur le marché spot, soit sur le marché à terme pour garantir un approvisionnement stable. « Nous prélevons sur le réseau lorsque l’énergie verte est en excédentaire », précise son dirigeant, car l’effacement et les services réseau constituent une part importante de leur modèle économique. Ces chaudières thermiques (E-TES) sont installées directement sur les sites industriels, en remplacement des équipements gaz existants. Elles offrent un revenu garanti au client et lui évitant d’assumer les investissements initiaux (CAPEX), puisque ce sont les actifs qui appartiennent à Storabelle, via une société de projet dédiée.

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