M. Ader, possédez-vous vous-mêmes une centrale agrivoltaïque sur vos terres ?
Bernard Ader : Je dirige une exploitation d’une centaine de vaches limousines et de 400 hectares de cultures (blé en semis direct tournesol et sorgho) dans le Comminges (31). Nous avons fait étudier notre parcelle par des développeurs photovoltaïques, mais elle ne présente pas de potentiel intéressant pour l’installation d’une centrale agrivoltaïque. Le terrain est trop accidenté, avec une pente de plus de 25 %, et nos nombreuses haies, que nous ne souhaitons évidemment pas arracher, limitent fortement la surface exploitable. Au final, seuls un ou deux hectares pourraient être mobilisés, ce qui n’est pas rentable pour les développeurs.
C’est pour cela que je dis souvent qu’en matière d’agrivoltaïsme, le Père Noël ne passera pas pour tout le monde. Tous les agriculteurs ne pourront pas accueillir une centrale, et il faut anticiper la frustration que cela peut générer. D’autant que les loyers proposés peuvent atteindre des sommes non négligeables à l’hectare, ce qui risque de créer des jalousies entre voisins.
Selon vous, des mécanismes de partage de la valeur sont donc indispensables ?
Absolument. Si l’on compare avec le biogaz, la logique est déjà collective : une unité de méthanisation a besoin de grandes quantités de matière organique, ce qui implique tout un réseau d’agriculteurs fournisseurs. Tout le monde y trouve son compte.
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Pour l’agrivoltaïsme, il faut adopter la même approche. A minima, les agriculteurs doivent pouvoir investir dans le capital des sociétés de projet et participer à la création de valeur. C’est d’ailleurs prévu dans la Charte sur l’agrivoltaïsme élaborée par la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne : elle recommande que le capital soit ouvert aux exploitants, aux acteurs du monde agricole et aux acteurs locaux, et que la moitié de la valeur générée revienne au territoire.
« Partager la valeur est indispensable »
C’est une bonne base, mais cela suppose que les agriculteurs aient les moyens d’investir ou puissent emprunter, ce qui n’est pas toujours évident. En outre, entrer au capital dès le lancement du projet comporte des risques : entre le développement et le raccordement, plusieurs années peuvent s’écouler et le projet peut échouer. C’est pourquoi je pense qu’il faut aller plus loin et imaginer des mécanismes plus innovants.
C’est-à-dire ? Vous avez des exemples ?
Un développeur pourrait, par exemple, alimenter un fonds collectif de type GUFA (groupement d’utilisation de financements agricoles), destiné à financer des projets agronomiques locaux. Ce fonds pourrait soutenir des démarches de diversification ou de transition écologique.
Prenons un cas concret : la culture du haricot tarbais dans la région. C’est une production exigeante en main-d’œuvre. Le fonds GUFA pourrait financer, sur une période donnée, un ingénieur agronome et des emplois agricoles pour accompagner cette relance.
Le même principe pourrait s’appliquer à la régénération des sols ou au zéro phyto. Beaucoup d’agriculteurs souhaitent s’engager dans ces démarches, mais ils manquent d’accompagnement technique. Un agronome indépendant, financé par le fonds, pourrait jouer ce rôle.
Autre exemple : l’achat de matériels innovants comme un semoir semi-direct, qui permet d’implanter la semence dans les résidus de culture sans retourner le sol. Cet outil favorise la régénération des sols, mais son utilisation requiert un vrai suivi agronomique. Là encore, un financement collectif permettrait de rémunérer un ingénieur accompagnant plusieurs exploitations.
Ainsi, même sans centrale agrivoltaïque sur leur ferme, les agriculteurs pourraient bénéficier indirectement de la dynamique du secteur, en modernisant leurs pratiques vers une agriculture plus durable et résiliente. La valeur créée ne doit pas s’arrêter qu’au seul exploitant du projet, elle doit illuminer tout un territoire alentour.
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