Mardi 10 février, 12h30 à la sortie du métro Invalides à Paris, à deux rues de l’Assemblée Nationale. Une foule d’une centaine de personnes, plutôt jeunes, agglutinée autour d’un haut parleur qui chante des musiques de luttes ou véhiculant l’idée de résistance. Les panneaux et cartons, nombreux, affichent la thématique : « PPE : Pas de Plan, pas d’emplois », « pas de souveraineté énergétique sans les EnR » ou encore « + d’EnR, – de Co2 ».
Les Comité sociaux et économiques (CSE, organes de représentation des salariées) d’une trentaine d’entreprises du secteur ont mobilisé leurs employés pour revendiquer l’adoption rapide d’une PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) ambitieuse pour les énergies renouvelables. Venus des quatre coins de la France hexagonale, par le biais des CSE, les manifestants sont principalement des développeurs de projets EnR, même si l’on a rencontré des distributeurs, des exploitants, des politiques, des universitaires et des représentants éparses de coopératives ou de collectifs solaires.
La PPE mais pas que…
« Nous avons besoin d’objectifs ambitieux, de débloquer les projets en attente d’autorisations dans les préfectures et de moyens supplémentaires pour les services instructeurs de l’État », résume Basile, développeur EnR chez Eolfi et diplômé de l’école d’ingénieur Arts et Métiers. Si le jeune professionnel entend les oppositions sur les projets, au niveau local, il regrette le ralentissement de l’acceptabilité générale, qu’il attribue en partie à la politique. Son collègue Baptiste, ingénieur agronome qui développe notamment des projets agrivoltaïques, renchérit : « Dans les projets proposés, il y a des bons et des moins bons, mais globalement, nous constatons un blocage qui s’accentue ».
« Il y a une impression de machine arrière », interprète de son côté Sarah, elle aussi développeuse de projets éoliens et solaires, mais pour un autre groupe français. « On a le sentiment que dans certains départements, c’est une opposition systématique, notamment par le biais de la CDPENAF qui a un droit de veto sur les projets – même si certains refus sont surement justifiés ».
En ligne de mire aussi : les délais d’instruction qui s’allongent, liés au fonctionnement en sous-effectifs dont souffrent les services instructeurs, comme l’explique une autre Sarah, chargée de développement de projet EnR : « on avait des ambitions mais on n’a pas mis les moyens de ces ambitions », explique-t-elle en parlant des objectifs énoncés par Emmanuel Macron en 2021, mais aussi des autres politiques européennes et des feuilles de route nationales.
L’incertitude : le talon d’Achille
Est-ce que les manifestants sentent une menace sur leur emploi ? « On ne peut pas dire non : il n’y a plus de nouveaux projets, donc moins d’exploitation dans cinq ans ». Ils confient également que les départs ne sont plus remplacés, un état de fait que l’on retrouve chez la quasi totalité des entreprises interrogées. Car c’est le manque de visibilité qui est pointé du doigt par la majorité des personnes qui ont répondu à pv magazine France. Avec, pour conséquence, le gel des recrutements, la non pérennisation des stagiaires et la fragilisation des équilibres.

Dans le secteur, les entreprises de développement sont dans l’attentisme. Même si certaines d’entre elles font preuve d’un grand optimisme, et notamment celles qui se sont lancées dans les dernières années et qui n’ont pas encore sorti de projets. Pour les entreprises qui ont des projets autorisés, le temps presse pour pouvoir les faire sortir dans le cadre d’un appel d’offres de la CRE. Sinon, ils seront perdus…
Pour Inthy Energies, qui a débuté en 2021, le problème est différent : l’entreprise n’a pas de parc autorisé, mais elle est dans l’attente d’instruction sur plusieurs projets. « Le besoin de visibilité tient plutôt à comprendre les objectifs qui seront mis en place et, surtout, aux tarifs pratiqués, explique Cécile Farineau, en charge du développement EnR dans la société. Nous avons anticipé en intégrant des batteries dans nos projets, mais on ne connaît pas la valorisation, donc c’est un véritable pari sur l’avenir ».
Les nerfs de la guerre : tarifs d’achat, taux d’intérêts, hausse des coûts
Les appels d’offres permettaient d’obtenir un tarif de vente de 75 euros/MWh. Les PPA aujourd’hui se négocient à environ 60 euros/MWh. Car les prix de l’électricité sont bas, voire trop bas aujourd’hui. « A l’époque nous pouvions le faire, et encore moins cher, mais aujourd’hui avec la hausse des coûts de construction, notamment sur les structures aciers, cela n’est plus viable », explique Bertrand Maljournal, développeur chez Valorem, qui espère pouvoir compter sur le retour des appels d’offres pour pérenniser certains projets.
La situation de friction est due au croisement de plusieurs facteurs : alors que l’allongement des délais de développement d’un projet (qui peuvent atteindre entre 5 à 7 ans aujourd’hui), l’augmentation des taux d’intérêts pèse lourd dans la balance. Les projets photovoltaïques sont souvent financés à 80 % en prêt bancaire, et le passage de taux d’intérêt de 1 % il y a trois ans à près de 3 ou 4 % aujourd’hui entache le modèle d’affaires de ces grands groupes.
Les développeurs présents (souvent dotés de bureaux à Paris et dont les CSE, bien structurés, ont permis les déplacements) ont aussi plaidé la cause du secteur sous-jacent. Selon eux les bureaux d’études, notamment, sont mis en difficultés par le manque de dynamisme récent de la filière. De même, certains professionnels ont confié avoir du mal à trouver des mainteneurs qui s’orientent vers d’autres activités.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, présent sur la manifestation et interrogé par pv magazine France, n’a pas donné de précision sur la publication effective du décret, affirmant lui-même ne pas avoir d’information sur les chiffres à ce stade. Des réunions seront encore programmées dans les prochains jours selon lui. Il en a profité pour abonder dans le sens de nombreuses personnes sur place : « aujourd’hui nous avons un triple défi : la transition énergétique, la souveraineté économique et le pouvoir d’achat, les EnR se trouvent à la croisée des trois enjeux ».
Mais dans le brouhaha politique actuel, un débat sur le fond est-il encore possible, tant la thématique de l’énergie se trouve polarisée ? Et, à la veille d’échéances politiques importantes (les municipales de 2026 et la présidentielle de 2027), plusieurs personnes interrogées témoignaient de leur impuissance : « les enjeux politiques biaisent la mise en place d’une stratégie à long terme ».
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