La France serait incapable d’atteindre ses objectifs en termes d’énergies renouvelables, d’après la Cour des comptes européenne

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Environ la moitié des pays membres de l’UE ne seront pas en mesure d’atteindre leurs objectifs respectifs pour 2020 en matière d’énergie renouvelable, peut-on lire dans le rapport Énergie éolienne et solaire destinée à la production d’électricité : d’importante mesures doivent être adoptées pour que l’UE puisse atteindre ses objectifs, publié par la Cour des comptes européenne (EAC), l’entité de l’UE chargée de superviser la mise en œuvre du budget de l’Union.

Afin de combler cette lacune et de permettre de développer plus largement les énergies éolienne et solaire dans la perspective d’objectifs plus ambitieux à l’horizon 2030, l’agence d’audit a formulé une série de recommandations visant à accroître les volumes disponibles sur le marché de l’UE, qui aurait connu une décélération pour les deux technologies depuis 2014.

Plus d’enchères sont nécessaires

Les auteurs du document ont admis que, dans les premiers temps des énergies renouvelables en Europe, les énergies éolienne et solaire avaient bénéficié de subventions trop généreuses, ayant un impact direct sur les finances publiques. Ils ont cependant aussi convenu que la diminution des incitations avait empêché la réalisation de nouveaux investissements.« Il est crucial d’encourager les enchères et la participation des citoyens pour accroître les investissements et améliorer les conditions de déploiement, notamment en remédiant à certaines règles d’aménagement du territoire particulièrement restrictives, à la lenteur des procédures administratives et aux insuffisances des réseaux », souligne le rapport. Le rapport met en avant le cas allemand comme exemple vertueux de mise en œuvre des modalités d’achat d’énergie renouvelable à moindre coût pour le budget de l’État. « Les résultats des enchères organisées en 2016 et en 2017 montrent que certains investissements dans l’énergie éolienne et solaire photovoltaïque en Allemagne (et, selon la DG ENER, aux Pays-Bas) sont désormais réalisés sans aides d’État — alors que les connexions au réseau sont financées par l’État », ont déclaré les auteurs. La dernière vente aux enchères en Espagne, tenue en juillet 2017, a également été citée comme un mécanisme vertueux, dans la mesure où elle n’attribue aux projets aucune aide publique, sauf une garantie de couverture du prix de l’électricité à partir d’un certain seuil.

Plus de transparence 

En outre, le document souligne l’importance de disposer de conditions claires et transparentes pour le succès d’une enchère et indique que celles organisées par le gouvernement grec constituaient un bon modèle à suivre, même si le pays avait encore du mal à attirer suffisamment d’investisseurs. La commission de régulation grecque a créé une plate-forme en ligne permettant de faire des offres et de consulter les offres des concurrents en temps réel. Les auteurs font part de cette expérience : « Lors des enchères pour l’énergie éolienne organisées en juillet 2018, au total, 14 participants ont fait 342 offres ; pendant les enchères, le prix est descendu de 90 euros/MWh à 68,2 euros/MWh. »

Commerce transfrontalier des énergies renouvelables 

Les experts de la CAE ont également souligné l’importance du commerce transfrontalier des énergies renouvelables, tout en soulignant que de telles initiatives n’avaient été mises en œuvre que trois fois à l’intérieur des frontières de l’UE. Les mécanismes de coopération n’ont été utilisés que trois fois : une procédure d’appel d’offres conjointe pour des investissements dans l’énergie solaire photovoltaïque entre l’Allemagne et le Danemark ; un système de certification conjointe géré par la Suède et la Norvège ; et des accords de transferts statistiques entre le Luxembourg, la Lituanie et l’Estonie, indique le rapport. Toutefois, selon ses auteurs, le défi pour l’UE est de faire collaborer les marchés de l’énergie locaux, régionaux et nationaux pour le développement du marché intérieur de l’énergie. 

Qui va manquer les objectifs ?

Selon le rapport, la Bulgarie, la République tchèque, le Danemark, l’Estonie, la Croatie, l’Italie, la Lituanie, la Hongrie, la Roumanie, la Finlande et la Suède ont déjà atteint les objectifs qu’ils s’étaient fixés pour 2020, tandis que la Grèce, la Lettonie et l’Autriche doivent encore augmenter la part des énergies renouvelables de 2 % : ces pays parviendront probablement à atteindre leurs objectifs respectifs. En ce qui concerne la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne, Chypre, Malte, le Portugal, la Slovénie et la Slovaquie, la part des énergies renouvelables doit augmenter entre 2 % et 4 %, ce qui signifie qu’ils risquent de rater leur objectif. Avec les Pays-Bas, l’Irlande, le Royaume-Uni, le Luxembourg et la Pologne, la France se place dans le lot de pays pour lesquels la part des énergies renouvelables doit augmenter de plus de 4 % – il s’agit de 6,7 % exactement pour le marché français – et dont on considère qu’ils seront incapables d’atteindre leurs objectifs. En 2017, la production d’électricité française issue des énergies renouvelables s’élevait à 16,3 %, l’objectif est fixé à 23 % en 2020.

« Nous avons constaté que le paquet Énergie propre présenté par la Commission en 2016 pose les bases d’un meilleur environnement d’investissement à l’horizon 2030. Cependant, l’absence d’objectifs nationaux pourrait compromettre la réalisation de l’objectif d’au moins 32 % que l’UE s’est fixé pour cette date » concluent les experts de la CAE.