Les modèles d’affaires du solaire citoyen : PPA, autoconsommation collective et obligation d’achat

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Le financement des centrales de production d’énergie solaire citoyennes ne suit pas la même logique que pour les actifs en financement d’entreprise. Le modèle, basé sur l’investissement des citoyens, vise à générer des retombées économiques locales, à sécuriser l’approvisionnement énergétique vert sur le (très) long terme et à maîtriser la production et les prix de l’énergie au profit des acteurs du territoire et des habitants.

« Alors qu’un projet solaire classique peut atteindre une rentabilité de 10 à 15 % entre 10 et 12 ans, le modèle citoyen vise un amortissement sur 30 ans avec 3 à 5 % de rentabilité et sans soutien public », explique Loïc Blanc, responsable d’Enercoop Midi-Pyrénées à pv magazine France. Et pour cause, les collectifs et coopératives de citoyens travaillent sur le coût de production réel pour définir un « juste prix » de l’énergie.

Pour valoriser l’énergie produite, plusieurs modèles d’affaires sont déployés sur les territoires.

L’obligation d’achat : un nouveau portefeuille de producteurs en France !

Pour les petits sites de production, l’obligation d’achat permet de vendre son électricité à un tarif fixe pendant 15 ou 20 ans. Ce portefeuille de petits producteurs peut s’inscrire dans une valorisation citoyenne puisque, depuis 2016, EDF Obligation d’Achat (EDF OA) n’a plus le monopole de ce marché : les contrats peuvent être transférés aux organismes agréés après une période de mise en service. « Chaque année, entre 25 et 30 sites de production en OA transfèrent leur contrat vers Enercoop », cite par exemple Loïc Blanc et 27 nouvelles installations d’énergies renouvelables, produisant quelque 1,4 GWh par an, ont été transférées à Enercoop OA en janvier 2024.

Enercoop Midi-Pyrénées centrale Sainte-Affrique

Image : Enercoop Midi-Pyrénées

L’obligation d’achat ne permet pas de tracer les garanties d’origines. Aujourd’hui, c’est l’État qui récupère la garantie d’achat qui se négocie à environ 7 euros du mégawattheure sur le marché européen. L’obligation d’achat est donc un système que les fournisseurs d’énergies citoyennes limitent : sont privilégiés les collectivités et les groupements citoyens qui produisent moins de 200 MWh par an, soit des projets d’environ 150 kW.

Les contrats PPA : quid du soutien des petits producteurs/acheteurs ?

Les projets citoyens cherchent naturellement à vendre leur électricité de gré à gré, en dressant des contrats d’achat d’électricité (contrats PPA) avec des acteurs du territoire où ils sont implantés. Les premiers PPA sont d’ailleurs nés dans la sphère de l’initiative citoyenne et continuent d’être privilégiés pour ces projets qui passent souvent entre les mailles du filet des aides d’État.

Au niveau régional par exemple, Enercoop Midi-Pyrénées a contractualisé une vingtaine de centrales solaires qui présentent une capacité installée entre 300 et 700 kW pour qu’elles puissent vendre leur électricité au fournisseur d’énergie verte Enercoop. « Sans ce modèle, ces projets ne pourraient pas exister », explique Loïc Blanc. Et pour cause, leur taille intermédiaire ne permet pas d’accéder aux appels d’offres, ni aux tarifs d’achat. Ces centrales n’atteignent pas non plus une taille critique permettant de négocier un prix compétitif pour les industriels – même si les projets citoyens se pensent souvent en grappes, portées par des coopératives pour économiser les coûts, sécuriser les débouchés et regrouper l’investissement.

Toutefois, les projets citoyens n’échappent pas aux problématiques de volatilité des prix et d’inflation des coûts pour les travaux, le matériel et l’ingénierie. C’est pour cette raison qu’Enercoop et d’autres acteurs du secteur demande à l’État et Bpifrance l’intégration des petits contrats PPA dans le fonds de garantie mis en place en 2023 et qui, jusqu’à présent, vise un volume annuel garanti au titre du contrat supérieur à 10 GWh. Cela écarte de fait les collectivités et les PME côté acheteurs, mais aussi, côté producteurs, les petites centrales solaires.

Inauguration du parc solaire citoyen d’Aubais, impulsé par le collectif des Survoltés et porté par la SAS Le Watt Citoyen, le 26 mai dernier. D’une puissance de 250 kW, il a été financé par 274 souscripteurs citoyens, en majorité issus d’Aubais et des communes environnantes et par Énergie Partagée qui a investi 50 000 € en fonds propres.

Image : Energie Partagée

« Le fonds de garantie est calibré sur des grandes installations jusqu’à 500 MW, mais pourquoi ne pas aller sur des plus petits PPA ? », demande Loïc Blanc qui argue que cet élargissement du cadre serait positif aussi bien pour la transition énergétique pour la justice sociale (citoyens, collectivités et petits entrepreneurs).

La valorisation locale avec l’autoconsommation collective : dépasser les problématiques de gestion du surplus

L’autoconsommation collective (ACC) continue de faire ses preuves dans les projets citoyens aussi bien que dans les opérations industrielles. La vente du kilowattheure dans le périmètre d’une opération d’ACC permet un partage local et juste de l’électricité verte et la valorisation de l’énergie produite dans le territoire.

En l’absence de mécanisme de soutien, Enercoop se propose de racheter le surplus, à un prix juste pour l’équilibre de l’opération. Aujourd’hui, le fournisseur est aussi devenu responsable d’équilibre, ce qui signifie qu’il équilibre l’injection et le soutirage dans son périmètre pour chaque demi-heure (le pas de temps passera à 15 minutes en octobre) et s’engage à régler à RTE le prix dû à un éventuel écart.

Dans les petites opérations d’autoconsommation collective, le surplus peut devenir une charge si la personne morale organisatrice (PMO) n’a pas d’outil de gestion automatisé ou un suivi professionnalisé, comme c’est souvent le cas dans les collectifs citoyens. En échange de ce surplus, Enercoop peut alors s’engager en tant que responsable d’équilibre de l’opération d’ACC.

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