Le nouveau baromètre commandé par Soren montre que 84% des Françaises et des Français ont une « bonne image des énergies renouvelables ». Pourtant, le constat est sans appel : l’engouement ne se traduit pas toujours par l’installation. Un paradoxe presque philosophique ! 83 % voient dans le photovoltaïque un avenir nécessaire, mais 24 % renoncent à s’équiper, la méconnaissance du recyclage constituant un critère de refus majeur…. un phénomène générationnel marqué puisqu’un tiers des 18-24 ans et 43 % des 25-34 ans ont déjà décliné une offre solaire, persuadés que les panneaux ne sont pas recyclables.
Pourquoi cette anxiété persiste-t-elle alors que la filière française recycle plus de 90 % des composants ? Le manque d’information, oui surement. Mais il est atténué par les faits : 65 % des Français se disent informés des engagements de la filière, un chiffre en hausse d’année en année.
Plus que la technique et l’information, c’est plutôt la position de la citoyenne et du citoyen face à un choix réel : avec le panneau solaire, nous sommes décisionnaires. Les projets sont résidentiels, commerciaux/industriels et, lorsqu’ils sont à grande échelle, ils se situent dans nos communes, nos paysages. Nous nous investissons, nous validons, nous payons. C’est précisément parce que nous sommes à la barre du choix, que nous exigeons de la transparence. Nous voulons comprendre le coût réel de ce que nous allons installer pour les vingt à trente prochaines années. Cette méfiance, loin d’être irrationnelle, est la légitime mise en question d’une chaîne de valeur dont on veut comprendre les tenants et aboutissants, parce qu’elle nous concerne.
Cette exigence contraste violemment avec notre rapport aux autres sources d’énergie. Pour le nucléaire, le gaz ou le pétrole, nous sommes des spectateurs. Nous déléguons la responsabilité aux politiques et aux grands groupes. Et les choses qui nous échappent, on préfère se dire « ça va », « on fait confiance aux politiques », car sinon quoi ? Savoir que les piscines à déchets ne tiendraient pas plus de quelques semaines si l’on fermait les vieux EPR comme prévu ? Accepter que l’exploration pour la recherche d’uranium sur sol (en Bretagne par exemple) génère de la radioactivité pérenne sur les sols, même sans exploitation ? Ouvrir les yeux et réaliser que la France, signataire des accords de Paris visant +1,5°C, génère désormais des scénarios à +4°C ?
Nous acceptons ces risques parce qu’ils nous échappent, tandis que nous scrutons le recyclage d’un panneau parce que c’est notre problème à résoudre. La réappropriation de l’énergie par les citoyens passe par la légitime mise en question de sa chaîne de valeur.
Cette inversion de la responsabilité morale pose une question fondamentale sur la nature de notre transition : sommes-nous prêts à accepter que chaque choix énergétique ait un prix qui nous incombe, en tant qu’individu, en tant que société ?
Le panneau solaire est un objet industriel, avec une empreinte carbone non négligeable, de sa fabrication très énergivore (ce n’est pas tant ses composants et leur extraction qui coûte mais plutôt la consommation énergétique qui vise à purifier le silicium) à sa chaîne d’approvisionnement du bout du monde dans des cargos polluants. Si la filière française structure une boucle de recyclage de haute qualité (avec des acteurs comme Rosi, Envie et le coordinateur Soren), elle doit aussi affronter la réalité des pratiques voyous qui exportent par exemple des déchets vers l’Afrique ou l’Est de l’Europe. La méfiance des Français n’est pas irrationnelle ; elle est la légitime mise en question d’une chaîne de valeur dont on veut comprendre les tenants et aboutissants.
Finalement, la vraie question n’est pas « peut-on recycler les panneaux ? », mais « acceptons-nous de regarder la totalité du cycle de vie, de l’extraction à la fin de vie, et d’évaluer les conséquences ? » – et ce pour chaque énergie ! La transition écologique ne se fera pas par la magie technologique, mais par une réappropriation de l’énergie par les citoyens, comme c’est entrain d’arriver. Le panneau solaire est le premier objet, à taille humaine, qui représente le pouvoir de choisir, d’exiger, de refuser. Il invite à la responsabilisation, à ne plus « faire confiance », mais à savoir.
C’est peut-être le seul moyen de transformer la peur du déchet éternel en un acte de responsabilité, et de reconnaître que, tant que nous consommerons autant, il y aura toujours des déchets. La question qui reste est celle du choix éclairé.
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