Ralentissement sur la réalisation du portefeuille de projets solaires en Tunisie

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En Tunisie, seuls 43 000 ménages utiliseraient l’énergie solaire pour produire de l’électricité à fin août 2021, d’après l’agence de presse locale TAP qui a eu accès aux statistiques de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz ou (STEG). Le pays mise pourtant gros sur les énergies renouvelables qui devraient représenter 30 % du mix énergétique national d’ici 2030. L’état des lieux actuel laisse à penser que cette part sera difficile à atteindre, notamment concernant les énergies solaires. 

La stratégie tunisienne : miser sur le privé pour déployer le solaire

Il y a deux ans encore, l’optimisme était au rendez-vous chez les développeurs PV, à l’instar de l’installateur tunisien AEP qui recensait alors dans un article les opportunités du secteur : le fournisseur national d’électricité STEG avait mis en place des crédits d’achat pour les installations photovoltaïques afin d’encourager l’autoconsommation chez les particuliers, l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME) avait débloqué des subventions pour les abonnés STEG et les grands projets du Plan Solaire (2016-2030) étaient dans les tuyaux pour faire la place belle au solaire dans un territoire encore trop dépendant aux énergies fossiles.

Depuis 2015 et pour encourager le développement du potentiel photovoltaïque et éolien, le pays s’est doté d’une loi-cadre qui autorise la prise en charge de la production d’ENR par des investisseurs dans le cadre de partenariats public/privé. Le décret d’application de 2016 a fixé les modalités d’application et a notamment attribué au secteur privé la réalisation des projets assujettis aux régimes des concessions et des autorisations, soit 500 MW dans le pipeline, selon les chiffres du Ministère de l’Industrie, des Énergies et des Mines.

Pour la vente de l’électricité issue du solaire, les autorisations sont accordées par appel à projet au sein du ministère de l’Industrie et de l’Énergie pour les projets inférieurs 10 MWc et auprès de la Commission de l’énergie à l’ARP, dans le cadre d’appel d’offres pour les projets où la production varie entre 50 et 200 MWc. Le décret gouvernemental du 26 février 2020, portant sur la production d’électricité à partir des ENR, avait quant à lui autorisé la création de sociétés d’autoproduction d’électricité.

Blocages structurels sur le réseau et revendications locales

Cette stratégie de « miser sur le privé » est toutefois remise en question par plusieurs parties du secteur de l’électricité et de l’énergie en Tunisie qui craignent d’une part la perte de la maîtrise énergétique nationale et d’autre part la suppression d’emplois dans les grandes structures énergétiques du territoire. A rappeler, qu’en plus de la situation politique critique actuelle, les Tunisiens font face à un chômage grandissant qui est est passé de 15 à près de 18 % sous l’effet de la pandémie de Covid-19.

En juillet 2020, le raccordement de la centrale de Tataouine avait cristallisé les revendications. L’installation de 10 MW, installée sur 20 hectares a été construite par le groupe pétrolier italien ENI en partenariat avec l’Entreprise tunisienne des activités pétrolières (ETAP). Pour les syndicats de la STEG, qui dénoncent un surcout facturé à STEG concernant le transport de l’électricité, la méthode adoptée par le ministère pour mettre en œuvre ce projet « serait fatale » pour l’entreprise d’électricité publique.

Toujours d’après les syndicats, l’énergie solaire en elle-même n’est un problème. Mais l’élargissement d’un modèle énergétique de production d’électricité par des privés et sa vente directe aux clients pourrait perturber le réseau électrique et la distribution de l’électricité dans le pays. Ceci se ferait au détriment des ménages les plus modestes qui pourraient voir les prix augmenter et les problèmes de réseau, déjà présents, se multiplier.

En juin 2020, le secrétaire général de Fédération générale de l’électricité et du gaz, Abdelkader Jelassi, avait déjà affirmé dans une déclaration à l’agence TAP « l’opposition catégorique de la Fédération à la privatisation de la production de l’électricité en Tunisie ».

Baisse des subventions et manque d’incitations de l’Etat

Le marché solaire souffre par ailleurs de la crise du COVID et de la baisse récente des subventions. Pour « rationaliser les ressources du Fonds de transition énergétique (FTE) », l’ANME a en effet limité la subvention sur les équipements PV, qui avait été mise en place en 2017. Aussi, le taux par kW passerait de 1200 à 500 dinars pour les installations supérieurs à 1,5 kWc. L’ANME a affirmé maintenir la valeur de la subvention à 1500 dinars par kW pour les systèmes photovoltaïques dont la capacité est égale ou inférieure à 1,5 KW. Dans le détail, cette subvention est versées aux clients finaux par l’intermédiaire des sociétés du solaire qui procèdent à sa déduction de la facture. Or, d’après les informations de l’agence tunisienne TAP, « depuis le mois de septembre 2020, aucune entreprise n’a reçu cette subvention ».

Pour le président de la Chambre syndicale des intégrateurs en photovoltaïque (CSPV), affiliée à l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), Ali Kanzari, le secteur solaire tunisien pourrait cependant profiter de la suppression des subventions. « Cette subvention accordée n’est pas un droit acquis pour les sociétés installatrices. Elle est plutôt destinée à baisser les coûts au profit des citoyens. Il faut donc penser plutôt à accélérer la mise en place du programme économique et social proposé par le gouvernement », a-t-il affirmé. Mais sans incitation réelle de l’Etat, la complexité des procédures administratives et le manque d’information autour des installations solaires semblent décourager les ménages de s’équiper de systèmes PV en autoconsommation.

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