L’acteur de la semaine : Systovi double la capacité de son usine pour atteindre 100 000 panneaux solaires par an

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Ce lundi 6 mars, le fabricant français Systovi a inauguré une toute nouvelle ligne d’assemblage sur son site de Carquefou, près de Nantes (44). Grâce à cet investissement de 1,5 million d’euros, la société fondée en 2008 double ainsi sa capacité de production pour atteindre 100 000 panneaux photovoltaïques par an, soit 40 MW/an. « Outre cette augmentation de capacités, notre objectif était de pouvoir rester dans la course à l’augmentation de puissance », ajoute Paul Toulouse, directeur général de Systovi, lors d’un entretien avec pv magazine France.

80 MW de capacité de production fin 2023

De fait, la ligne permettra de fabriquer la dernière gamme de panneaux de Systovi, baptisée Optymo, basée sur des cellules M10 pour une puissance unitaire allant jusqu’à 400 Wc. Principalement destiné aux marchés de la toiture (résidentielle, petite toiture industrielle et ombrières de parking), le nouveau module a une dimension de 114*176 mm pour un poids de 22 kg. « A l’inverse de la tendance du marché, qui se dirige vers des cadres en aluminium de plus en plus fins, surtout pour des raisons de coût de transport, nous avons choisi de maintenir un cadre en aluminium de 4 cm d’épaisseur, complète Paul Toulouse. Cela confère au panneau une meilleure résistante à la manipulation et une meilleure tenue dans le temps ».

En outre, le process a été davantage automatisé, en particulier sur les étapes de soudure des interconnexions et de siliconage du cadre. « Nous avons aussi renforcé le contrôle qualité car l’inspection par électroluminescence se déroule désormais avant lamination, ce qui permet d’identifier en amont les éventuelles imprécisions de soudure et les microfissures des cellules », indique Paul Toulouse.

Triple concurrence chinoise, américaine et indienne

Grâce à l’amélioration continue dans le sourcing de ses fournisseurs, Systovi annonce pour son nouveau module un bilan carbone estimatif d’environ de 23,8 CO2 eq/kWh. « Ce bilan devrait encore légèrement baisser à l’été prochain car nous accueillerons sur notre site un nouveau laminateur, assure le directeur général. Ce four qui fait fondre à 154° C les différentes couches pour obtenir un laminé disposera d’une meilleure efficacité énergétique. Il permettra aussi de doubler à nouveau la capacité de production, pour passer à 200 000 panneaux photovoltaïques, soit 80 MW par an, à la fin de 2023. L’investissement sera de 1 million d’euros.

Une goutte d’eau, certes, dans la production mondiale de panneaux photovoltaïques. Mais l’entreprise espère, grâce à ces investissements, participer à l’effort de relocalisation de la chaîne de valeur en France. « Cependant, nous sommes aujourd’hui face à une multiple concurrence, avec des marchés qui se ferment, constate Paul Toulouse. Les fabricants chinois sont largement subventionnés et vendent à des prix bas qui sont totalement déconnectés de leurs coûts de production. Les Etats-Unis, avec le plan Inflation Reduction Act (IRA), ont annoncé d’importants soutiens financiers à la production locale. Enfin, les Indiens ont lancé un programme d’incitation à la production (PLI) pour encourager la fabrication nationale de panneaux solaires, à hauteur de 100 GW/an ».

Le nouveau panneau Optymo en 400 Wc.

Image : Systovi

Face à cela,  la filière demande des mesures urgentes au gouvernement français et à la Commission européenne pour inciter et sécuriser l’investissement local. « Nous ne voulons pas empêcher nos concurrents d’entrer sur le marché européen, détaille Paul Toulouse. Ce que nous demandons, c’est que la France et l’Europe créent des conditions de marchés qui rétablissent une compétition équitable ». Concrètement, cette aide pourrait passer par des subventions à la production, plutôt qu’à l’investissement, comme ce que font les Etats-Unis dans le cadre de l’IRA.

Mais encore faut-il être sûr de pouvoir écouler les panneaux produits en France, qui restent jusqu’à 50 % plus chers que ceux produits en Chine. « D’autant que nos coûts de production croissent, car nos fournisseurs chinois ont augmenté le prix de leurs cellules, regrette Paul Toulouse. Aujourd’hui, il n’existe donc aucune incitation qui encouragerait un particulier à acheter un panneau solaire français, hormis sa conviction qu’il faut privilégier l’industrie locale ». Pour soutenir la politique de la demande, Systovi réclame donc, à l’unisson avec toute la filière photovoltaïque, la mise en place de critères de pondération en fonction du contenu local dans les appels d’offres publics. Autre levier : mettre en place une TVA différenciée sur les achats de panneaux solaires produits en France. Cette mesure permettrait ainsi de combler une partie du différentiel de prix entre panneaux français et chinois.

Une capacité de 300 à 350 MW/an dans les cartons

« Aujourd’hui, en tant qu’industriel, nous avons besoin de visibilité sur le long terme et d’être rassuré sur les conditions de marché, concède Paul Toulouse. Pour l’heure, nous avons un plan d’investissement finalisé et financé qui nous permettrait d’augmenter la capacité de notre usine à 300-350 MW/an. Mais tant que nous ne sommes pas certains qu’ils trouveront un débouché, nous préférons rester prudents et attendre avant de déclencher les investissements ». Rappelons que dans le cadre du projet Belenos, Systovi s’est associé avec le fabricant Voltec Solar, qui possède une usine à Dinsheim-sur-Bruche (67), afin de mettre en place des projets d’investissements simultanés et, dans un second temps, une politique d’achat commune. Leur objectif est de parvenir à une capacité de production commune de 1 GW par an.

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