Le stockage résidentiel en Europe augmentera de 500 % d’ici 2024

Share

Le marché européen du stockage résidentiel est en voie de multiplier par cinq sa capacité au cours des cinq prochaines années. La convergence des prix de l’électricité en raison de la modernisation des infrastructures et de la croissance de l’électrification de divers secteurs, ainsi que la réduction continue des prix des systèmes de stockage d’énergie, devraient permettre d’ajouter 6,6 GWh de stockage résidentiel d’ici 2024.

Une équipe d’analystes chez Wood Mackenzie est parvenue à cette conclusion dans son dernier rapport, intitulé Europe Residential Energy Storage Outlook 2019. L’Europe est déjà le marché le plus actif au monde sur le plan des produits de stockage résidentiel (l’Allemagne est en tête de ce marché). Grâce à la diversification anticipée du marché allemand, les volumes d’installation devraient doubler pour atteindre 0,5 GW/1,2 GWh d’ici 2024.

« En raison du succès rencontré par l’Allemagne, le stockage résidentiel commence à proliférer dans d’autres pays européens ; les structures de marché, les prix de l’électricité en vigueur et la disparition des tarifs d’achat notamment garantissent un environnement propice pour démarrer le déploiement », explique Rory McCarthy, un analyste de Wood Mackenzie.

Selon McCarthy, les facteurs économiques joueront en faveur du stockage. Wood Mackenzie affirme qu’en Allemagne, en Italie et en Espagne, le marché s’achemine vers la parité réseau pour les formules combinant solaire et stockage dans le domaine résidentiel. Cette parité est atteinte lorsque le prix du kilowattheure d’électricité du réseau est identique au prix du kWh généré par le système de solaire + stockage.

« Notre modélisation montre une économie positive – les valeurs actuelles nettes (VAN) et les taux de rendement internes (TRI) – en Italie d’ici 2021 et en Allemagne d’ici 2022 », ajoute McCarthy. « Bien que ces deux pays aient davantage adopté le stockage résidentiel par rapport à d’autres, nous prévoyons une généralisation de cette tendance à travers l’Europe — faisant passer l’offre d’un achat émotionnel à une décision d’investissement judicieuse. Bien que les VAN positives ne soient pas essentielles à la croissance du marché, comme en témoignent les fortes croissances enregistrées jusqu’ici en Allemagne et en Italie, elles contribuent à une adoption massive et à la reprise du marché. »

L’investissement initial reste un obstacle financier important. « L’ajout d’un espace de stockage à une installation solaire représente un lourd surcoût », explique McCarthy. Pour compenser cela, il affirme que des solutions commerciales plus innovantes pourraient alléger les offres aux clients. « Les hausses du prix de l’électricité, conjuguées au désir des consommateurs de vivre dans un ménage plus respectueux de l’environnement, pourraient suffire à faire avancer la situation commerciale du secteur résidentiel. »

L’équipe souligne néanmoins que, avec la mobilité électrique et la demande croissante en électricité résultant de l’électrification de secteurs industriels toujours plus nombreux, les prix de l’électricité vont probablement augmenter. S’ajoute à cela la nécessité de mettre à jour l’infrastructure, ce qui entraînerait encore une hausse des prix. Ces développements continueront à jouer en faveur du stockage résidentiel.

Le marché espagnol pourrait probablement se remettre de sa fameuse taxe solaire. Le gouvernement espagnol avait instauré une taxe sur l’autoconsommation, parallèlement à d’autres mesures qui ont durement frappé le marché de l’énergie solaire dans cette région ensoleillée. Avec son nouveau gouvernement et des mesures de sauvegarde de la Commission européenne, le marché espagnol a retrouvé son ancienne gloire au cours de l’année écoulée. Les effets du changement politique sont déjà visibles sur le segment industriel – l’Espagne deviendra probablement le plus grand marché d’Europe en 2019 – et cette trajectoire sera suivie par le marché résidentiel, estiment les analystes.

Sur une note plus sombre, l’équipe souligne que la parité réseau de tels systèmes dépend souvent des cadres de subventions favorables. Au Royaume-Uni et en France, les analystes ne s’attendent pas à ce que la parité réseau soit atteinte avant 2024. L’équipe ajoute toutefois que sur les deux marchés, les niveaux de déploiement actuels devraient se poursuivre.

Dans un scénario similaire, le marché japonais du stockage résidentiel est prêt à décoller, et la récente entrée du chinois CATL au Japon témoigne de l’intérêt des acteurs mondiaux pour ces marchés solaires précurseurs. Environ un demi-million de ménages ont commencé à installer des systèmes solaires en 2009 et bénéficient d’un tarif d’achat sur dix ans fixé à 48 JPY/kWh (0,44 USD). Le premier contrat de tarif d’achat arrivant à échéance cette année, la demande pour des solutions de stockage d’énergie résidentielles est en hausse.

Bien que le principal fournisseur d’électricité du Japon se soit engagé à continuer à payer pour l’énergie solaire excédentaire produite par les systèmes domestiques, les 10 JPY/kWh proposés sont bien en dessous du prix moyen de l’électricité de 23,35 JPY/kWh enregistré par l’Agence japonaise des ressources naturelles et de l’énergie entre 2011 et 2016. L’Allemagne et l’Italie devraient suivre la même voie dans quelques années.