[Élections européennes] Décryptage du programme énergétique des listes de Gauche

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LFI – Union Populaire

LFI-Union Populaire propose l’un des programmes de transition énergétique les plus fournis et ambitieux de ces élections européennes et veut atteindre la neutralité carbone dès 2040. Le solaire (photovoltaïque et thermique) est une pierre angulaire des propositions puisque le groupe privilégie un bouquet 100 % renouvelable avec la sortie du nucléaire à l’horizon 2050.

Pour définir ses objectifs et son bouquet énergétique, la liste intègre les travaux de la plateforme CLEVER (a Collaborative Low Energy Vision for the European Region) qui propose des scénarios de décarbonation en fonction des trajectoires des Etats membres et en collaboration avec des plateformes nationales, dont NegaWatt en France.

En misant sur une diminution de 55 % de la consommation d’énergie d’ici 2050 (dont la moitié devrait être absorbée par les politiques de sobriété) et un renforcement massif de l’efficacité et de la rénovation énergétiques, LFI – Union Populaire propose le bouquet énergétique européen suivant à 2050 :

  • 1200 TWh/an par l’éolien en mer (25 %)
  • 1500 TWH/an par l’éolien terrestre (environ 1/3)
  • 1500 TWh/an pour le PV (environ 1/3)
  • 350 TWH/an pour l’hydroélectricité (environ 8 %)
  • 80 TWh/an en solaire thermique, qui sera complété par des réseaux de chaleur et de la biomasse.

« L’atteinte des objectifs ambitieux que nous fixons dépendra alors principalement de notre capacité à déployer du photovoltaïque dans des délais courts, avec des coûts environnementaux minimisés en maximisant la production sur place », résume un porte-parole à pv magazine France.

A l’échelle européenne l’interconnexion physique n’est pas remise en question mais sa gestion sera repensée via un pôle public de l’énergie qui sera en charge de garantir la sécurité d’approvisionnement et la mutualisation des moyens de production à l’échelle européenne. Toujours côté réseaux, la liste propose d’investir les fonds européens dans le développement et la planification des usages de l’hydrogène vert et du stockage. Pour s’en donner les moyens, il faudra notamment réviser la taxonomie européenne pour sortir le gaz et le nucléaire des énergies dites renouvelables.

L’Union populaire veut sortir du marché européen de l’électricité et le remplacer par un service public national de l’électricité avec des tarifs réglementés basés sur les coûts de production et non plus sur la concurrence des acteurs privés : les producteurs seront rémunérés sur une grille tarifaire commune. Pour l’industrie, cela signifie la fin de la volatilité des prix et une maîtrise des dépenses en énergie. Pour les IPP, cela sonne le glas de l’ « opportunité solaire ». Les EPC devront aussi s’attendre à se reconvertir puisque l’Union Populaire souhaite développer la maîtrise d’ouvrage publique pour les nouveaux parcs éoliens et photovoltaïques afin de faciliter la mise en œuvre de la planification.

Pour permettre à la filière de panneaux solaires français et européens d’émerger, LFI – Union Populaire propose « de désobéir aux règles européennes afin de favoriser la production nationale, puis européenne, dans les marchés publics lorsqu’elle répond au besoin ». Le protectionnisme est envisagé comme un outil pour protéger les filières stratégiques et émergentes. « Certaines peuvent être portées par des acteurs publics (ex : EDF), mais d’autres seront davantage constituées d’entreprises privées. »

Parti Communiste Français (PCF)

Le PCF fait une proposition énergétique presqu’exclusivement centrée sur le soutien du nucléaire. Alors qu’aucune mesure concrète, ni objectifs chiffrés, ne soient avancés dans son programme énergétique, le groupe milite pour étendre à l’atome tous les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables (l’inclure dans la taxonomie verte, étendre l’appellation hydrogène vert au nucléaire, financement des énergies vertes…).

Le PCF s’oppose aux traités de libre-échange et souhaite encourager l’Europe à relocaliser et créer de nouvelles filières industrielles, notamment en modifiant les législations européennes qui empêchent le soutien des filières industrielles par la subvention. Pour maîtriser la chaîne de valeur, il compte agir par le biais de nationalisations et de « coopérations renforcées entre services publics et entreprises industrielles » notamment dans l’énergie, les transports et les télécommunications.

Le PCF soutient le développement des projets miniers sur le sol européen mais manque de vérifier si son projet industriel est compatible avec l’objectif de neutralité carbone européenne à 2050. Le groupe se positionne contre la taxe carbone et le système de permis d’émissions négociables (Emissions  Trading Schemes en anglais – ETS, dit « marché carbone ») et souhaite plutôt mettre en place des normes contraignantes sur les grandes entreprises sans préciser desquelles il s’agit.

Lutte Ouvrière (LO)

Le parti Lutte Ouvrière s’adresse aux travailleur·euses français et immigrés avec un programme anticapitaliste et révolutionnaire. Sans la fin du système mondial basé sur le profit des grands groupes et la propriété du capital, toute mesure sera veine. Pire, sous la forme de taxes, les propositions écologiques se répercutent sur les travailleurs, sous la forme de mesures non contraignantes elles deviennent un argument de vente – voire un marché, comme pour les droits d’émissions carbone.

Partant de ce principe, la liste ne propose pas de réforme ou de mesure concrètes mais porte plutôt un message de rupture face au capitalisme et aux profiteurs de la crise climatique. La seule manière de répondre aux enjeux climatiques sera de mettre en place une « politique concertée et planifiée à l’échelle de la planète ». L’union communiste trotskyste en appelle donc aux prolétaires de tous les pays.

Parti des travailleurs

Bloquer les prix, nationaliser les entreprises, réquisitionner les logements vides et abroger les réformes anti-ouvrières sont autant de mesures articulant le programme porté par le Parti des travailleurs. Le développement du photovoltaïque pour les collectivités et les citoyens pourrait donc se poursuivre pour produire une énergie hors du marché (si tant est que la chaîne d’approvisionnement reste en place) mais pas sur que les acteurs de l’industrie solaire s’y retrouvent ! Le bouquet énergétique souhaité et les propositions sur la stratégie de transition écologique n’ont pas été communiqué.

Parti révolutionnaire communiste

La parti révolutionnaire communiste veut sortir l’énergie des lois du marché et mettre en place une planification à long terme. Le groupe s’oppose à l’Union européenne (puisque ses fondements sont ceux de l’économie capitaliste et libérale) mais souhaite conserver la coopération et l’interconnexion des réseaux en Europe.

Comme son cousin le PCF, le parti révolutionnaire communiste se dit pour une « forte composante nucléaire » dans le cadre d’un secteur public de l’énergie basé sur des entreprises nationalisées. Le solaire et l’éolien seront aussi développés, mais l’hydrogène abandonné. Aucun objectif ou scénario chiffré n’a été communiqué.

Association nationale des Communistes

L’Association nationale des communistes se positionne « pour un mix énergétique incluant toutes les formes de production d’énergie qu’elle soit fossile, nucléaire, solaire, éolien… », explique à pv magazine France Charles Hoareau, sa tête de liste. L’énergie doit être gérée par une société nationalisée (« et non étatisée ») qui sera dirigée par les salariés et les usagers. « Tout projet de production d’énergie qui ne part pas de ce concept court le risque que la logique du profit l’emporte sur l’intérêt des citoyennes et citoyens ».

NPA révolutionnaires

Le programme du NPA Révolutionnaires (Nouveau Parti Anticapitaliste) vise à renverser le capitalisme via la grève générale coordonnée en Europe. La coalition souhaite mettre en place un système communiste révolutionnaire basé sur la planification de la production « en fonction des besoins de toute l’humanité, dans le respect de l’environnement ». Son programme ne formule pas de stratégie énergétique, toutefois, et au regard de la disparition des Etats supposée par la révolution communiste, la production décentralisée devrait être favorisée, les grands groupes (IPP, développeurs, EPC, …) démantelés et la « sobriété énergétique » implicitement appliquée …

L’article a été modifié le 06/06/2024 pour intégré le NPA Révolutionnaires qui avait été mal réparti dans nos analyses. 

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